Visite du Pape à Rabat : Impressions d’un prêtre algéro-dijonnais

Ordonné prêtre à Dijon en 1972 pour le diocèse de Constantine, le père Jean-Marie Jehl vit en Algérie depuis 1964. Curé de Batna, il est en même temps administrateur du diocèse de Constantine et Hippone, depuis le transfert de son évêque, Mgr Paul Desfarges, comme archevêque d’Alger en 2017.

Avec les évêques du Maghreb, il a accueilli le pape François à Rabat, lors de sa visite au Maroc des 30 et 31 mars.

La visite du pape au Maroc

Il commence : « Nous faisons partie de la même Conférence Épiscopale Régionale du Nord de l’Afrique (CERNA) qui regroupe le Maroc, la Tunisie, l’Algérie et la Lybie (le vicaire apostolique de Tripoli et administrateur de Benghazi, compte tenu de la situation dans son pays, n’a pas pu nous rejoindre, Ndlr).

Pour nos Églises, le plus important de cette visite me semble être ce que le pape a dit lors de sa rencontre avec les prêtres, les religieux et consacrés. Il nous rappelait que le plus important n’était pas notre nombre : Jésus ne nous a pas choisis et envoyés pour que nous devenions les plus nombreux ! Il nous a appelés pour une mission. Il nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne, un règne s’étendant et agissant à travers les personnes que nous sommes. »

Les événements d’Algérie

Le père Jean-Marie Jehl poursuit : « Ce qui est important pour moi, c’est la prise en main par les Algériens de leur avenir. Jusqu’à présent, le peuple se sentait marginalisé, voire méprisé. Je suis plein d’espérance quand des millions d’Algériens manifestent, de plus en plus nombreux tous les week-ends, depuis le 22 février. Les gens, tout à coup sentent qu’ils peuvent et doivent faire quelque chose. Pour moi, c’est une très bonne nouvelle. En même temps, il y a une certaine inquiétude. On peut se demander comment ça peut évoluer, il peut y avoir des dérapages, on risque aussi des récupérations… mais je suis fondamentalement confiant.

Ces manifestations non-violentes sont très étonnantes. Ce n’est pas une rage désordonnée. Les gens se contiennent, mais sont très résolus. Le détail le plus inattendu, ce sont ces jeunes qui, à la fin des manifestations, prennent des sacs poubelles pour ramasser tous les déchets. La créativité des slogans et des affiches nous fait espérer un nouveau printemps.

De Rabat où nous nous trouvons actuellement, nous voyons la différence du point de vue politique entre les trois pays : Le Maroc apparait plus stable grâce à la royauté, la Tunisie qui a vécu sa révolution peine à lui donner un cadre législatif correspondant aux aspirations, alors l’Algérie change de cadre.

Les différences existent aussi entre nos Églises : Au Maroc, il y a beaucoup plus de chrétiens mais officiellement qu’étrangers (10 000 participants dont 500 choristes à la messe du dimanche après-midi à la salle Omnisport !) En Algérie, les Églises catholiques sont minuscules et quelquefois microscopiques, mais chez nous, même si les pressions familiales ou sociales sont souvent étouffantes, ni la Constitution ni la loi n’interdisent à un Algérien d’être chrétien.

Merci au diocèse de Dijon d’avoir manifesté sa solidarité avec nous en nous envoyant son vicaire général. »

Le 6 avril 2019.

Le père Jean-Marie JEHL, administrateur du diocèse de Constantine et Hippone, vous fait part du décès de Mgr Gabriel PIROIRD, évêque de Constantine de 1983 à 2009ce mercredi 3 avril 2019 à Lyon-Ecully.

Ses obsèques présidées par Mgr Henri Teissier, archevêque émérite d’Alger, seront célébrées le mercredi 11 avril 2019 à 9 h 30 en la chapelle du Prado (8, rue du P. Chevrier Lyon 7e.)

Le diocèse de Dijon s’associe à la prière de tous les chrétiens d’Algérie et particulièrement ceux du diocèse de Constantine et Hippone.