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« Ce n’est pas avec des moyens techniques qu’on va améliorer les liens entre les personnes »

Demain jeudi, le professeur Emmanuel Sapin donnera une conférence à 20 heures, au CUCDB, (69 Avenue Aristide Briand à Dijon, Ndlr) sur le sujet suivant : « Révision des Lois de Bioéthique : l’homme en danger ? ». Cette conférence sera suivie d’une table-ronde avec l’archevêque de Dijon, Mgr Roland Minnerath. A la veille de cette conférence qui promet d’être aussi riche que passionnante, le professeur Sapin répond à nos questions.

Transhumanisme, euthanasie, on a beau parler de ces sujets régulièrement, on a l’impression que le grand public s’y intéresse assez peu…

« Je pense que c’est en raison de l’actualité : dans la presse, on parle très régulièrement des migrants, des faits divers, en ce moment des grèves de la SNCF… Il y a plein d’autres sujets qui préoccupent les gens dans leur quotidien, c’est peut-être moins le cas des sujets liés à la bioéthique. Les gens n’ont pas forcément conscience de tous les enjeux qui découlent des choix bioéthiques ou des conséquences que vont avoir les avancées techniques. Actuellement, les gens sont soucieux des problèmes écologiques, de ce qui touche à la nature, et ils sont peut-être moins soucieux des conséquences sur l’homme lui-même. »

Quand on parle de bioéthique, on est face à trois grands sujets : euthanasie, PMA/GPA et transhumanisme…vous allez évoquer ces trois volets demain ?

« Je vais évoquer ces trois thématiques. Pour ce qui est de la fin de vie, il s’agit de montrer comment et pour quelles raisons il y a eu une révision des lois bioéthiques en 2015 et comment elle peut être mise en application, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui. Le cœur du problème est là : la loi de 2015 n’est pas suffisamment appliquée pour qu’on puisse dire qu’elle est insuffisante ! Sur le plan de la PMA/GPA, il ne faut pas oublier que pendant longtemps, la PMA a été la réponse à une souffrance, par exemple dans le cas de personnes qui n’étaient pas fécondes, et qui pouvaient trouver, par là, une solution médicale. Aujourd’hui, la demande (d’élargissement de la PMA, Ndlr) va bien au-delà… Transhumanisme, fin de vie, PMA/GPA… je crois que tout cela est lié : il faut savoir qu’est ce que l’homme, est-ce que c’est uniquement un corps, une juxtaposition d’organes avec une intelligence par-dessus ? »

Quand on évoque le transhumanisme, la majorité des personnes pensent qu’on parle de science fiction alors que pourtant, on y est déjà…

« C’est la raison pour laquelle je vais centrer la conférence de ce jeudi sur ce sujet. Il faut que les gens conçoivent que le transhumanisme, ce n’est pas demain, ce sont des choses qui sont rentrées pour beaucoup de raisons dans la réalité. Ce n’est pas, comme vous dites, de la science fonction : il y a déjà des enjeux pour l’homme aujourd’hui. »

Sur quels exemples allez-vous vous appuyer ?

« Dans le transhumanisme, on risque de voir un homme dépassé par la technique, il faut mesurer les conséquences que cela peut avoir. J’évoquerai l’homme soigné et l’homme augmenté pour s’apercevoir que, par exemple, le dopage, en sport, permet déjà d’aller au-delà des possibilités naturelles du corps humain. Par ailleurs, il faut bien définir ce qu’est une intelligence artificielle et quelles sont ses limites… »

Est-il exagéré de dire qu’il y a un risque que l’homme soit prêt à perdre une part de son humanité pour une vie plus longue ou des capacités décuplées ?

« Je pense que ce risque existe. Les techniques du transhumanisme touchent l’homme en tant qu’individu, mais touchent aussi l’homme en tant que société. C’est un peu déjà le cas dans ce qu’on appelle le big data : les gens sont prêts à diminuer leurs libertés si leur sécurité est améliorée. Ils ne s’aperçoivent pas qu’à force de vouloir une sécurité absolue, leur liberté sera considérablement limitée. Il y a une sorte de conformisme de comportement, un conformisme pour énormément de choses, qui fait qu’on risque de perdre la diversité humaine. Sur le plan écologique, on commence à dire que la diversité des animaux et des plantes est importante. Pour ce qui est de la diversité de l’homme, les gens ne perçoivent pas qu’on risque d’aboutir à ce que tous les hommes soient pareils. »

Les gens sont-ils vigilants sur cette question ?

« Il faut faire comprendre aux gens qu’au fond, ce qu’ils souhaitent, c’est améliorer la qualité du lien entre les personnes. Ce n’est certainement pas avec des moyens techniques qu’ils vont mieux y arriver : aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, les gens ont l’impression de communiquer avec le monde entier, mais il arrive souvent qu’ils s’isolent par rapport à ceux qui les entourent. »

Résumer de tels sujets en quelques heures, c’est un vrai défi ?

« Il s’agit surtout d’ouvrir des portes pour que les gens… je n’ai pas la prétention de donner des solutions pour tous les problèmes, mais de faire comprendre le dessous des cartes, les motivations techniques, mais aussi économiques et idéologiques. Certains buts ne sont pas ceux qui sont avoués. »