« De nombreux jeunes sont envoûtés par le monde virtuel qu’ils se construisent »

Du 3 au 8 novembre, l’archevêque de Dijon, Mgr Roland Minnerath, était à l’assemblée plénière des évêques de France à Lourdes.
Il revient sur quelques-uns des multiples sujets évoqués pendant cette semaine riche en échanges.

Révision des lois de bioéthique

« C’est Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes, qui a évoqué cette question. Il s’occupe de piloter des cercles de réflexion réunissant notamment des médecins et des juristes pour donner un argumentaire sur différents sujets, notamment la Procréation médicalement assistée (PMA), dont il est question qu’elle soit étendue à toutes les femmes. Comme souvent, quand il s’agira de légiférer, on va jouer sur l’émotion, l’égalité, la non-discrimination, et toute contestation sera marginalisée. L’opinion est très malléable sur cette question. Les chrétiens doivent donner leur vision de l’homme inspirée de leur foi en Dieu créateur. Nous ne pouvons pas nous mettre à la place du créateur.
Avec cette extension de la PMA, avoir un enfant devient un droit et pour l’enfant, l’environnement parental n’est plus garanti. Le raisonnement que suit la société est foncièrement individualiste. C’est comme dire ‘‘J’ai des désirs, des envies donc j’ai des droits’’. Comme la société ne se fie pas à des règles morales objectives, elle s’ajuste au désir de chacun. Aujourd’hui, chacun a sa morale, est créateur de normes morales. Lors de la réflexion sur la révision des lois de bioéthique, on doit pouvoir parler avec nos contemporains en soulignant que l’argumentaire de l’Eglise est avant tout un argumentaire d’éthique rationnelle. Nous rappelons que l’être humain n’est pas un produit. Aujourd’hui, ce type de dialogue est difficile. Chacun reste sur ses positions. »


Témoignage de Mgr Mirkis

« Il s’agit de l’archevêque de Kirkouk, en Irak. Il a parlé de la situation dans son pays, des persécutions subies par les chrétiens, mais aussi les yézidis et la minorité chiite. Le problème, pour eux, c’est qu’ils n’espèrent même plus que les chrétiens qui sont partis reviennent un jour en Irak. Auparavant, les différentes religions arrivaient à s’entendre là-bas, mais tout a été mis par terre et un retour en arrière semble quasi impossible. Mgr Mirkis nous a raconté que les chrétiens, malgré les persécutions, sont restés dans une attitude d’accueil et de paix, ce qui a édifié beaucoup de musulmans. Les chrétiens ont su montrer le visage d’une société où on s’accepte dans la différence. L’archevêque a remercié la France, qui reste pour les chrétiens d’Orient une référence. Le plus dur, pour les chrétiens immigrés, c’est d’arriver dans une société totalement individualiste. C’est un vrai choc culturel pour eux. »

La catéchèse, les jeunes et le numérique

« On s’est posé la question des jeunes qui sont happés par les différents supports numériques. Qu’est ce qui reste accroché, qu’est ce qui reste dans leur cœur, à la fin d’un temps de catéchèse, qui ne soit remplacé par les images qu’ils ingurgitent à longueur de temps ? Le problème, avec cette irruption des écrans, c’est que cela va trop loin, elle peut rompre la relation entre les personnes. Les jeunes sont face à l’omniprésence de deux thèmes : le sexe et la violence. Il y a d’abord le désastre de la pornographie. Il devrait y avoir une vigilance bien plus grande des pouvoirs publics et des éducateurs sur cette question. Quant à la violence, elle est trop souvent présente dans les « jeux » vidéos. Je suis frappé de voir des groupes de jeunes où chacun a le nez dans son smartphone. Ils sont envoûtés par le monde virtuel qu’ils se construisent, au détriment des relations réelles, en premier lieu leur famille. »

« Tout a commencé par la sécularisation de l’Etat, puis il y a eu la sécularisation de la société. Là, on assiste à une sécularisation de la conscience, qui n’est plus capable de juger si ce qui se passe autour de nous est bien ou mal. On est face à une anesthésie des consciences. Mais ce n’est pas une fatalité. Il faut redonner aux hommes la confiance dans l’avenir, dans le monde de la résurrection. Et non pas se forger un avenir sans Dieu. »