Le père Nourissat raconte le confinement vécu au Maroc

Le père Daniel Nourissat, prêtre du diocèse de Dijon, vit depuis plusieurs années dans le diocèse de Rabat, au Maroc. Il est actuellement curé de la cathédrale de Rabat. Un autre prêtre du diocèse de Dijon, le père Yves Grosjean, l’a rejoint en 2017.

Le père Nourissat a tenu à partager « les moments très forts vécus à la cathédrale de Rabat lors du confinement ». Il indique : « Le pays a réagi très vite et très fort à la pandémie du coronavirus : un confinement strict a duré trois mois… Une allocation pour les plus démunis a été mise en place immédiatement, du moins ceux qui ont des papiers justifiant de leur situation. Distribution de paniers alimentaires aux marocains démunis.

Pour ce qui est de la vie de l’Église, nous nous sommes alignés sur la réglementation des mosquées… qui sont fermées pour tout rassemblement depuis la mi-mars, ce qui veut dire que nous n’avons pas de célébrations communautaires ni messes publiques depuis ce temps-là. Nous avons proposé à nos paroissiens de nous retrouver chaque jour par Facebook pour un temps de prière ou de méditation, du lundi au samedi tandis que le dimanche nous animons et filmons la messe du père Cristóbal, notre évêque ».

Des messes célébrées à partir de ce week-end

Le 25-26 juillet (ce week-end, Ndlr) les messes vont de nouveau être célébrées à Rabat. « Le père Yves et Mathieu ont tout préparé dans nos deux églises pour respecter la distanciation sociale, et nous avons prévu, si nécessaire, de doubler le nombre de messes si le nombre des fidèles candidats est trop nombreux pour respecter les règlements. Le gel hydro-alcoolique et les masques sont prêts… mais surtout les âmes sont affamées de se ressourcer, les choristes de chanter, et tous de communier plus concrètement. »

Ce qui a le plus marqué le père Nourissat,, pendant ce confinement, c’est la manière dont la paroisse a pu prendre en charge des personnes migrantes dans le dénuement le plus total.

Il raconte : « Dès le 15 mars 2020, quand a surgi la crise, des personnes migrantes ont frappé à notre porte pour demander du soutien. Auparavant quelques migrants se présentaient chaque semaine pour demander de l’aide et s’informer sur leurs droits dans ce Maroc qui a choisi depuis 2014 d’être pays d’accueil. Mais les 24 mars et 25 mars, c’est une bonne centaine de personnes qui se sont agrippées aux grilles de l’église, suppliant de les aider…

Jusqu’à 1000 personnes servies par jour

Dès le 30 mars, avec l’accord du wali (le préfet) un petit réseau de gens de bonne volonté, quelques catholiques et beaucoup de non-catholiques ainsi que des marocains, tous animés par la solidarité et la fraternité, s’est mis en place pour aider nos frères et sœurs dans la détresse. Très vite chaque jour nous donnons 44 rendez-vous pour alimenter familles et groupes. Le torrent grandit, devient un fleuve au point que dès la mi-mai nous donnons 60 rendez-vous par jour pour alimenter environ 500 personnes… Mais les listes d’attente sont infinies, nous servions les personnes inscrites un mois après avoir reçu leur contact.

L’église est emplie de sacs de nourriture, des beaux sacs décorés d’un colibri (donnés par le réseau marocain « anamaek » : moi avec toi), comme ceux de la parabole de P. Rahbi qui nous a inspirés : « Moi au moins je fais ma part… » A la fin du Ramadan, j’ai été bouleversé par le nombre de musulmans marocains qui nous apportent leur Zakat (l’aumône) tandis que des étudiants catholiques en font autant pour le Carême.

Des associations marocaines nous soutiennent, mais surtout près de 120 bénévoles qui déchargent les 4 tonnes de nourriture hebdomadaire et préparent les paniers, aidés par une dizaine de subsahariens, prennent les rendez-vous téléphoniques, reçoivent avec une empathie qui m’émerveille les pauvres que Dieu aime ! Grâce à chacun d’eux, tous les jours de juin sauf le dimanche, nous avons donné 90 rendez-vous, nous permettant de rejoindre entre 700 et 1000 personnes chaque jour. Regardez-les repartir avec leur carton de précieuses victuailles sur la tête, marchant avec toute la majesté de la dignité un peu retrouvée…

Une église remplie de pauvres que Jésus nourrit !

Des liens inédits se tissent, des mondes qui s’ignoraient se rencontrent, des prises de conscience se font parce que des personnes ont osé décider de « traverser la route », comme le bon Samaritain… Je vois les ossements desséchés d’Ezekiel qui reprennent vie quand des visages harassés quittent la cathédrale avec le sourire de l’accueil reçu, la tête surmontée d’un paquet qui permettra de reprendre un peu de forces. Notre cathédrale (qui habituellement accueille 600 priants le dimanche) est vide de fidèles, mais remplie de pauvres que Jésus nourrit ! Je crois que cela plait à Jésus : « j’avais faim et tu m’as donné à manger, j’étais étranger et tu m’as accueilli, j’étais malade et tu m’as soigné »…

Nous avons servi ainsi jusqu’au 26 juin, c’est-à-dire jusqu’au déconfinement, et nous avons honoré tous les rendez-vous demandés. L’activité reprend peu à peu à Rabat, les personnes migrantes peuvent peu à peu reprendre leurs emplois ou leurs activités génératrices de revenus… »

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