De retour d’Algérie, des pèlerins dijonnais racontent

C’est la perspective de la béatification, à Oran, le 8 décembre dernier, des dix-huit martyrs assassinés en Algérie entre 1994 et 1996, qui a inspiré au Père Michel de Gigord l’idée de préparer, avec l’aide de Théodore Chevignard, directeur du service des pèlerinages du diocèse de Dijon, un pèlerinage diocésain en Algérie au moment du mois missionnaire extraordinaire.

Une vingtaine de participants ont pu ainsi partir à la découverte des grandes villes du pays, traversé d’est en ouest, et y rencontrer des témoins d’une Eglise très modeste numériquement, mais qui vit pleinement de l’Évangile, en étant, discrètement, au service de la population presque totalement musulmane.

La première étape fut Annaba, l’Hippone de l’époque romaine où Saint Augustin a été évêque au début du Vème siècle. Le site antique conserve les traces de sa basilique, et le musée archéologique de belles mosaïques. La messe a été célébrée à la basilique Saint Augustin moderne, qui domine la ville, où l’accueil des visiteurs, le plus souvent musulmans, est assuré par des religieux augustins africains. Ce monument important, consacré en 1900, en présence de Mgr Oury, alors archevêque d’Alger, et ancien évêque de Dijon, a fait l’objet une importante restauration inaugurée en octobre 2013. Deux Petites Sœurs des pauvres, une Malaisienne et une Française, qui reçoivent des personnes âgées musulmanes dans une maison proche de la basilique, nous ont expliqué le sens profondément fraternel de leur présence et de leur service.

Un soutien scolaire aux jeunes de familles pauvres

A Constantine, le Père Jean-Marie Jehl, originaire de Dijon, administrateur diocésain, nous a reçus à la Maison du Bon Pasteur où il nous a présenté la cathédrale, simple salle d’une centaine de places, mais lumineuse et soigneusement aménagée. Le père Damien, jésuite, nous a exposé toute la pédagogie mise en œuvre dans le soutien scolaire offert à des jeunes de familles pauvres.

La journée s’est poursuivie par la visite de la ville au  site impressionnant avec la profonde gorge du Rhumel qui l’entoure. Nous avons pu entrer dans l’immense mosquée Emir Abdelkader, ouverte en 1994 : elle peut accueillir jusqu’à 15 000 personnes, et ses deux minarets ont plus de cent mètres de haut.

A Alger, nous avons été hébergés quatre nuits à la maison diocésaine où le vicaire général le père Christophe Ravanel nous avait préparé deux rencontres : l’une avec des prêtres et des religieuses qui nous ont parlé de leurs engagements pastoraux, et l’autre avec cinq anciens élèves d’un lycée jésuite, qui en ont gardé une amitié à toute épreuve, et une liberté de regard qui permettait de poser toutes les questions sur la situation actuelle, au point de vue politique, social, ou économique. Certains d’entre eux ont reconnu avec émotion dans le groupe un de leurs anciens professeurs de physique !

« Priez pour les chrétiens et pour les Musulmans »

En touristes nous avons découvert avec grand intérêt les enchevêtrements de la Casbah et les palais ottomans, et avec émerveillement  le jardin d’essai où sont conservés de nombreuses espèces botaniques. La basilique Notre-Dame d’Afrique, elle aussi, récemment restaurée, domine magnifiquement la baie d’Alger. Le père José, père blanc, son curé, nous a indiqué le rôle important de ce sanctuaire pour les Algériens : on peut lire au-dessus du chœur cette invocation à Marie « Priez pour les chrétiens et pour les Musulmans ». Nous sommes également allés à l’église moderne du Sacré Cœur, devenue cathédrale, où l’on peut prier devant l’icône des martyrs d’Algérie.

Le vendredi 4 octobre, jour de la fête de saint François d’Assise dont on commémore cette année le 800ème anniversaire de sa rencontre avec le sultan d’Egypte, fut le sommet de notre pèlerinage avec le voyage au monastère de Tibhirine. Nous avons échangé avec des membres de la communauté du Chemin neuf, désormais gardiens de ce lieu tragique, très fréquenté par des musulmans ; nous y avons célébré l’Eucharistie, et nous nous sommes recueillis au cimetière devant les tombes des sept moines enlevés et tués en 1996, en méditant un extrait du testament de Christian de Chergé, prieur de la communauté. L’émotion des membres de notre groupe a été très forte en ce lieu où l’amitié et le dialogue spirituel entre chrétiens et les musulmans ont été vécus en vérité et très intensément.

La dernière étape fut Oran. Nous sommes montés à Santa Cruz, terrasse impressionnante au-dessus de la mer,où la statue de Marie protège aussi la ville. Après la messe nous avons pu déjeuner avec des chrétiens, surtout des étudiants africains. Le dimanche, jour de notre départ, la messe a été célébrée dans la cathédrale d’Oran, où est inhumé Mgr Pierre Claverie, assassiné dans les locaux de l’évêché tout proche le 1er août 1996 avec son ami Mohamed. Nous avons enfin visité l’ancienne cathédrale, redonnée à l’état et devenue bibliothèque, mais dont le manque d’entretien nous a beaucoup attristés.

Comme l’a dit Tertullien, « le sang des martyrs est semence de Chrétiens » : nous avons rencontré en Algérie une Eglise toute petite mais intensément missionnaire, très internationale, pleinement au service de la population qui reconnaît l’authenticité de son témoignage.

Maguy et Jean-François Minonzio