Célébration à Cîteaux du neuvième centenaire de la “Charte de charité”

En la fête de la Sainte Trinité 2019, toute la famille cistercienne s’est réunie à l’abbaye de Cîteaux pour la célébration du neuvième centenaire de la Charte de charité. Plus de 200 moines et moniales venus du monde entier ont envahi l’église l’abbatiale pour rendre grâce !

Cette Charte, rédigée par saint Étienne Harding, troisième abbé de Cîteaux, avait été approuvée par le pape Calixte II, né Gui de Bourgogne, en 1119. Elle présente un intérêt majeur, historique, mais aussi politique !

Le génie de l’Abbé anglais a été d’organiser la vie monastique en créant des liens de filiation entre les abbayes, sans jamais limiter l’indépendance de chaque monastère.

Au concile de Latran IV, en 1215, le pape Innocent III a repris les piliers de cette Charte pour en faire le socle du droit canonique de la vie consacrée, au service de L’Église universelle.

Une loi suprême : le salut des âmes

« Carta Caritatis » : l’alliance des deux mots peut surprendre mais elle manifeste que ce document juridique : la Charte – n’a qu’un but, explicité dès l’introduction du décret rédigé par “le seigneur abbé Etienne et ses frères de la communauté de Cîteaux” : « Ce décret doit porter le nom de Charte de charité parce que sa teneur, rejetant le fardeau de toute redevance matérielle, poursuit uniquement la charité et l’utilité des âmes dans les choses divines et humaines ». Dans le même esprit, le canon 1752 du code de droit canonique rappelle aujourd’hui encore que « le salut des âmes doit toujours être dans l’Église la loi suprême ». Ce sont les tout derniers mots du code institué pour l’Église latine…

Les moines et les moniales cisterciens vivent encore de cet esprit. Au point que les supérieurs majeurs des communautés de la famille cistercienne, réunis à l’abbatiale de Cîteaux à la faveur de la célébration du neuvième centenaire de cette Charte, ont signé un engagement pour que ce « lieu source » devienne un lieu de communion, de pèlerinage et de mémoire partagée.

Tous ceux qui vivent de l’esprit de Cîteaux seront invités à y faire mémoire de leurs origines, à y venir en pèlerinage et à témoigner du sens charismatique du lieu.

Cîteaux, lieu central de réunion

La restauration du Définitoire, classé monument historique, va être entreprise avec l’aide – notamment – de l’État Français et de la Fondation du patrimoine. Elle a été confiée à Martin Bacot, architecte en chef des monuments historiques en charge de la Côte-d’Or et du Jura. Ce bâtiment unique reste un témoin historique de l’unité de la famille cistercienne : c’est là que tous les abbés de l’Ordre se réunissaient chaque année en chapitre général, conformément au statut 12 de la Charte de Charité : « Tous les abbés de ces Églises viendront une fois par an au Nouveau Monastère, au jour qu’ils conviendront entre eux. Mais tous les abbés de notre Ordre se réuniront chaque année au chapitre général de Cîteaux, en toute priorité ».

C’est aussi pour actualiser ce document fondateur, en resserrant les liens entre les membres de la famille cistercienne et en donnant de la visibilité à leur lien de charité, qu’un oratoire sera créé sur le lieu même de la première petite chapelle consacrée par les fondateurs le 16 novembre 1106.

C’est Jean-Marie Duthilleul, architecte de gares et d’églises, de grande renommée, qui a reçu la mission de réfléchir à l’organisation de l’ensemble du site de l’abbaye de Cîteaux, où le visiteur ne trouve aujourd’hui que des bâtiments dispersés, sans ordre apparent. La mission lui est confiée de rendre accessibles les trois lieux prophétiques de la famille cistercienne : l’oratoire, la bibliothèque et le Définitoire.

La présentation qu’il en a faite à l’issue de la journée de rencontre a enthousiasmé tous les participants à cette réunion de fête familiale. Une table ronde des supérieurs généraux de la Famille cistercienne sur l’actualité de la Charte, animée par M. Nicolas Michel, ancien secrétaire général adjoint aux affaires juridiques et conseiller juridique des Nations Unies, a confirmé le caractère précurseur de cette Charte pour l’Europe en construction…

Le lavement des pieds : partage des pauvretés

Dans l’homélie de la messe solennelle, Dom Olivier Quenardel, Abbé de Cîteaux, a émis l’hypothèse que « le fruit de la communion retrouvée dans la grande Famille Cistercienne avait peut-être, pour le Seigneur de Pâques, une saveur plus excellente que celle des meilleures années de l’Âge d’or, quand saint Bernard commentait le Cantique des cantiques et quand Cîteaux et ses Maisons-Filles fondaient à tour de bras ».

La célébration du lavement des pieds, geste de pauvre pour les pauvres, a manifesté liturgiquement, au chœur de l’eucharistie, le partage des pauvretés auxquels sont souvent appelées aujourd’hui les communautés cisterciennes.

Où l’on retrouve encore l’actualité de la Charte de charité dans laquelle était inscrite cette règle : « Si l’une ou l’autre Église tombe dans une pauvreté intolérable, l’abbé de cette communauté s’appliquera à exposer cette situation en présence de tout le chapitre. Alors, tous les abbés, enflammés du feu très ardent de la charité, se hâteront, chacun selon ses possibilités, de subvenir à la pénurie de cette Église avec les ressources que Dieu leur a départies. »

Comme l’indique la devise de Mgr Minnerath, archevêque métropolitain de Dijon : « Major autem Caritas » !

Texte : Marie-Aleth Trapet
Photos : Marie-Dominique Trapet