1918 : ces séminaristes et prêtres dijonnais morts pour la France

A l’occasion de la célébration du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, le service des archives du diocèse de Dijon, dirigé par Martine Chauney-Bouillot, a mis la main sur des documents oubliés : la liste des séminaristes et prêtres blessés au cours des combats ou morts pour la France.

Ce document pour le moins exhaustif a été réalisé par Jacques Rogé en mars 2014.

A la lecture des pages, on apprend ainsi que 90 séminaristes, élèves du Grand Séminaire et « apprentis-séminaristes » (surnom donné aux élèves inscrits en 1e année du Grand Séminaire, mais mobilisés avant de pouvoir y entrer) ont été appelés aux armées, 11 d’entre eux ont été exemptés.

Sur les 79 qui sont allés au front, il y a eu 12 tués, et parmi eux Ernest Guillemin, ordonné sous-diacre à Dijon, puis entré avant la mobilisation au Séminaire des Missions africaines de Lyon, et qui avait profité de ses permissions pour y recevoir le Diaconat et la prêtrise en juin 1915, quelques mois avant de mourir à Verdun. Prêtre, il aura eu comme mission d’évangéliser ses soldats du 3e Zouaves.

Voici la liste des 12 séminaristes morts pour la France :

  • Bernard Bardollet, mort à 21 ans.
  • Louis Clémendot, mort à 23 ans. De lui, il est dit : « Sous-officier de très grande énergie, combattant avec un très grand courage depuis le début de la campagne. Tué à Notre-Dame de Lorette, le 12 mai 1915, en donnant le plus bel exemple de courage et de dévouement. »
  • Lucien Duthu, mort à 21 ans. Blessé le 28 septembre 1915, lors de l’assaut de la Redoute (bataille de la Somme), il est resté 27 heures sans être relevé ni soigné. Hospitalisé à Amiens, il écrit dans une lettre du 15 octobre : « Dans mes heures d’immobilité je prie autant que je peux,  mais la meilleure prière, c’est d’offrir mes souffrances pour tous ceux qui me sont chers ». Il décède le 23 octobre.
  • Joseph Egger, mort à 24 ans.
  • Alexandre Gauthier, mort à 21 ans. Le bulletin de novembre 1915 donne de longs extraits de la lettre, datée du 24 septembre, la veille de l’attaque où il trouva la mort, adressée à l’abbé Louis Verpeaux,  qui avait été son Professeur et son Directeur au Petit Séminaire :

« Si ces lignes sont les dernières, je voudrais qu’elles vous redisent l’affection de votre enfant, qu’il a toujours, je crois franchement manifestée, la reconnaissance pour tout le bien que vous lui avez fait. Si ma vie finit cette semaine, grâce aux leçons données, aux exemples reçus, je mourrai brave et chrétien…
J’offre à Dieu ma vie, mais je Lui offre aussi un autre sacrifice, celui de mourir sans avoir pu dire la messe…
Je ne veux pas vous cacher que j’ai de la peine à vous faire ces adieux. Mourir loin de tous ceux qu’on aime, éloigné d’eux par la distance et la durée, sacrifice encore que celui-là. Mourir à vingt ans est dur, mais qu’est-ce que quarante ans de vie, soixante ans même ? Si c’est une grâce, tant mieux.
Mais mon âme demeure calme, pourquoi s’inquiéter ? Je sais où je vais ; j’ai confiance en Dieu et en sa Mère. Paratus sum et non sum turbatus.
Si je tombe, voudriez-vous, excellent père, consoler un peu ma mère qui ne sait rien et qui espère ? Je vous aurais gré de le faire ; ce serait continuer l’affection que vous m’avez toujours montrée. »

  • Louis Giroux, mort à 27 ans.
  • Ernest Guillemin, mort à 28 ans. Ordonné prêtre en juin 1915, quatre fois blessé, décoré de la Croix de guerre, salué pour sa bravoure, il est tué en mai 1916 près de Verdun.
  • Edmond Lanoiselée, mort à 28 ans.
  • Louis Mazoyer, mort à 27 ans, à quelques semaines de l’armistice. De Verdun, il écrit : « Malgré toutes les souffrances endurées depuis le début de la guerre, on peut dire que nous n’avions rien vu et notre séjour dans le bois de Vaux-Chapitre, ou plutôt l’ancien bois, car on ne peut même plus y voir le moindre tronc d’arbre, nous a fait éprouver les plus horribles supplices de la guerre réunis. Isolés pendant plus de dix jours, sans ravitaillement, il nous a fallu vivre avec quatre jours de vivres de réserve, buvant pour apaiser notre soif l’eau des trous d’obus fournie par quelque source détruite comme le reste. (…) »
  • Louis Mignon, mort à 23 ans.
  • Edmond Peterlé, mort à 22 ans.
  • Albert Philbée, mort à 22 ans.

Pour ce qui est des prêtres du diocèse, près de la moitié d’entre eux ont été concernés par la mobilisation : ils ont été 263 sur les 550 que comptait le clergé séculier. Seulement 43 ont été exemptés ou réformés, ce qui monte la proportion des mobilisés à presque 85 %, beaucoup plus que la moyenne nationale où l’on compte seulement les ¾ des mobilisables réellement appelés sous les drapeaux.

Sauf pour les gradés qui sont affectés suivant leur grade aux régiments de leur arme, les prêtres sont versés dans les services de l’Infirmerie militaire. En principe, pas au front. Jusqu’à l’année 1917, où la loi du 20 février décide de les verser dans les unités combattantes, comme infirmiers, certes, précisent les circulaires suivantes, mais au front. Les brancardiers sont considérés comme « armes combattantes » tout en gardant la neutralité des services de santé.

Voici la liste des 15 prêtres du diocèse de Dijon morts au champ d’honneur :

  • Claude-Antoine Barberet, né à Villy-en-Auxois, curé de Bligny-le-Sec, mort à 28 ans
  • Charles Barbey, né à Quetigny, curé de Bagnot, mort à 36 ans.
  • Henri Benoist, mort à 33 ans.
  • Etienne Berthaut, curé de Verdonnet, mort à 26 ans.
  • Léon Broin, curé de Villotte, mort à 31 ans.
  • Charles Gibas, mort à 30 ans.
  • Pierre Joly, vicaire à Brazey-en-Plaine, mort à 27 ans. Il a été décoré de la croix de guerre « pour avoir, sous le feu violent de l’ennemi, relevé et enterré les morts des attaques précédentes. »
  • Adrien Mathieu, né à Blaisy-Bas, curé de Blagny, mort à 36 ans. Il écrit en février 1918 : « Mon logement est situé à 8 mètres sous terre, dans une cagna étroite et obscure, n’ayant pour table que quelques planches de bois grossier, et pour lit qu’une couchette en treillage métallique où dansent les rats et grignotent les souris »
    En mars, il échange son fusil pour le brassard de brancardier, au 166e.
  • Gabriel Moniot, vicaire à Semur, mort à 26 ans.
  • Jean Perreau, vicaire à Notre-Dame de Beaune, mort à 26 ans.
  • Louis Ponnelle, curé de Brochon puis d’Epoisses, mort à 39 ans. Lieutenant cité à l’ordre de l’armée, il est dit de lui : « Commandant de compagnie d’un très grand courage. A été, sous le feu de mitrailleuses ennemies, relever, en terrain découvert, deux de ses hommes tués devant l’ouvrage dont ils avaient la garde. A réussi à les ramener dans nos lignes, donnant ainsi à sa troupe un bel exemple de courage et de camaraderie militaire ».
  • René Rabiet, vicaire à Montbard, mort à 26 ans.
  • Paul Robert, vicaire à Pagny-la-Ville, mort à 30 ans.
  • Joseph Vatan, vicaire à Arnay-le-Duc, mort à 26 ans. Tombé dans la Meuse en décembre 1914, il est dit de lui : « Ses hommes l’aimaient et le vénéraient comme un saint. »
  • Henri Voisard, vicaire à Notre-Dame de Beaune, mort à 29 ans.

Voici le document complet que vous pouvez consulter dans son intégralité.

Hier mercredi, sur RCF en Bourgogne, le vicaire général du diocèse a consacré son propos à ceux qui sont tombés pour la France. A (ré)écouter :

Ce dimanche 11 novembre, une stèle commémorative sera inaugurée à l’église Sainte-Chantal de Dijon, en l’honneur des paroissiens morts pour la France.

Par ailleurs, le même jour, à la demande de l’archevêque, les paroisses du diocèse de Dijon, comme la cathédrale Saint-Bénigne, sont invitées à sonner leurs cloches à 11 heures (ou un peu plus tard, selon les horaires de messe) pendant 11 minutes, en la mémoire du centenaire de l’armistice 1918 et de tous les soldats morts pour la France.