L’Espérance ne déçoit pas (Rm, 5,5)

Edito Juin 2024

Mgr Antoine Hérouard

Les temps sont difficiles et nous avons parfois l’impression que notre monde craque de toute part. L’expression du Pape François de guerre mondiale par morceaux semble se concrétiser chaque jour entre la poursuite de l’agression russe en Ukraine, la situation dramatique à Gaza à la suite de l’attaque terroriste du Hamas en Israël, les menaces grandissantes autour de Taïwan et les multiples conflits régionaux.

Quant à notre pays, il voit se succéder des crises (révolte en Nouvelle Calédonie avec ses morts et ses destructions), et beaucoup de violences qui dépassent les simples faits divers, traduisant une remise en cause de l’autorité, celle de l’État et plus largement celle des institutions. Le débat démocratique semble en panne et les enjeux des élections européennes se sont effacés derrière l’expression de mécontentements multiples et diffus.

Plus grave sans doute, les évolutions dites « sociétales » traduisent une vraie rupture anthropologique lorsque les droits individuels, toujours davantage revendiqués, ne se conjuguent plus avec l’expression d’une solidarité et d’une vraie fraternité envers les plus fragiles. Après avoir revendiqué comme une grande victoire des libertés l’inscription de l’avortement dans la constitution, sans interrogation aucune sur le sens de l’acte lui-même, le poids numérique qu’il revêt dans notre pays en comparaison avec nos voisins, ni sur les conséquences à moyen et long terme pour les femmes qui y ont recours, la fragilisation de la valeur de la vie vient maintenant toucher la fin de vie.

Si les différentes traditions religieuses, avec beaucoup d’autres et en particulier le personnel soignant, ont mis en garde contre les dangers et dérives possibles d’une légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie tel que le prévoyait le projet gouvernemental, les premiers débats parlementaires, en faisant sauter pratiquement toutes les digues, ont été au-delà des craintes exprimées. Comme si nous étions dans une course folle où la transgression va toujours plus loin et où la valeur intrinsèque de toute vie disparaît petit à petit, sans se rendre compte des effets induits sur les plus pauvres et les plus fragiles. La société deviendrait-elle non plus un rempart sur lequel s’appuyer devant les difficultés de la vie, mais une menace contre laquelle il faudrait se protéger ?

Tout ceci peut sembler bien désespérant et inciter au repli sur soi ou à vivre dans une sorte de monde parallèle. C’est bien sûr un grand danger et les chrétiens ne doivent en aucune façon y succomber. Mais sans doute faire des choix personnels cohérents et accompagner le prochain en manifestant le respect, le soin, l’attention à ceux qui connaissent la souffrance, la faiblesse ou l’isolement, en un mot en exprimant la dignité intrinsèque de toute vie humaine.

Ce n’est sans doute pas par hasard que le thème choisi par le Pape François pour la prochaine année jubilaire 2025 porte justement sur l’espérance : « C’est en effet l’Esprit Saint qui, par sa présence permanente sur le chemin de l’Église, irradie la lumière de l’espérance sur les croyants : il la maintient allumée comme une torche qui ne s’éteint jamais pour donner soutien et vigueur à notre vie. L’espérance chrétienne, en effet, ne trompe ni ne déçoit parce qu’elle est fondée sur la certitude que rien ni personne ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu. » (Bulle d’indiction du Jubilé ordinaire de l’année 2025 n° 3).

 

Mgr Antoine Hérouard

Edito paru dans ECO N° 816 – Juin 2024

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