« Cet appel m’est tombé dessus comme un caillou sur la tête ! »

Le père Vincent Sauer, curé de la paroisse d’Is-sur-Tille/Grancey-le-Château, va quitter la Côte-d’Or en septembre prochain pour rejoindre l’ordre des Carmes. C’est en mars dernier qu’il a annoncé cette nouvelle à ses confrères prêtres ainsi qu’à ses paroissiens. Il revient sur le chemin qui l’a conduit à répondre à cette « nouvelle » vocation.

Il raconte : « En mai 2016, on m’a donné un livre racontant la vie de frère Jean Thierry Ebogo, un carme camerounais mort à 24 ans (en 2006, Ndlr). Il a fait ses vœux sur son lit d’hôpital, un mois avant de mourir. J’ai été très touché et édifié par son témoignage. Il a beaucoup souffert, et il a offert ses souffrances pour la sanctification des prêtres. C’est en lisant ce livre, le 6 juin 2016, que l’appel à entrer au Carmel m’est tombé dessus, comme un caillou sur la tête ! Ce fut à la fois imprévisible, soudain, impossible à remettre en cause, et ça m’a un peu sonné, sur le coup. »

« Je savais à peine ce qu’était un Carme ! »

Le prêtre poursuit : « Je n’avais jamais imaginé quitter la Côte-d’Or, je n’avais jamais pensé devenir religieux. Je savais à peine ce qu’était un Carme ! Pour discerner cet appel, je me suis mis à prier. Mais l’appel est revenu plus fort, avec encore plus de joie. Tout ce qui avait de l’importance pour moi passait soudainement au second plan : l’attachement au diocèse, à ma famille… Je me suis rendu compte que tous mes amis au ciel, les saints qui me sont familiers, étaient soit Carmes, soit Carmélites. »

Le soir même, le père Sauer concélèbre une messe à Dijon, « sans connaître les textes du jour ». La première lecture relate l’appel du prophète Elie, inspirateur…des Carmes. Et l’homélie qui suit évoque la fulgurance de l’appel d’Elie. « C’était exactement ce qui venait de m’arriver ! », lance le prêtre côte-d’Orien.

« Je suis allé voir mon père spirituel, qui m’a dit d’aller voir chez les Carmes, pour affiner mon discernement. Je suis allé trois jours chez les Carmes, à Montpellier. C’était comme si j’arrivais au Ciel, « là où nos aspirations les plus profondes seront comblées » ! La première nuit que j’ai passée là-bas, j’ai pleuré des sanglots de joie. En rentrant dans le diocèse de Dijon, je suis allé voir l’archevêque. Il m’a conseillé d’attendre un peu, et m’a précisé qu’il ne s’opposerait pas à la volonté de Dieu. Cela m’a beaucoup touché. »

Une dernière messe à Is-sur-Tille le 26 août

Pendant un an, l’appel à entrer au Carmel ne diminue pas. Il retourne d’ailleurs à Montpellier à plusieurs reprises. Lors de la canonisation de sainte Elisabeth de la Trinité, à laquelle il assiste à Rome, le prêtre retient deux mots : patience et détermination. C’est le 6 mars 2018 que Mgr Minnerath donne son accord pour que le père Vincent Sauer entre au Carmel. Ce dernier l’annonce à ses paroissiens quelques jours plus tard, le jour du jeudi saint. Il glisse : « Des paroissiens m’ont dit qu’ils étaient tristes de me voir partir, il faut dire que de nombreux liens ont été tissés avec les années, mais ils ont ajouté qu’ils étaient heureux de me voir heureux. »

Le 26 août prochain, le prêtre célébrera sa dernière messe à Is-sur-Tille. Il rentrera au Carmel le samedi 1er septembre, pour une année de postulat, au terme de laquelle il recevra l’habit.

Le père Sauer conclut : « C’est un peu un saut dans l’inconnu, mais le Seigneur m’y a préparé pendant des années. Plus je suis allé chez les Carmes, plus j’ai trouvé que cette vocation était faite pour moi ! »