« Le monde nous pousse souvent à vivre comme si Dieu n’existait pas »

A l’occasion de la journée de prière pour les vocations, qui a lieu ce dimanche, Don Etienne Guillot, curé de la paroisse Dijon – Saint Bernard et de la paroisse de Fontaine-lès-Dijon, répond à nos questions.

Ce dimanche, c’est la journée mondiale de prière pour les vocations. Plusieurs séminaristes rejoignent votre paroisse à cette occasion. Pourquoi ?

« Chaque année, les séminaristes de notre communauté (la communauté Saint-Martin, Ndlr) rejoignent certaines paroisses à cette occasion pour sensibiliser les paroissiens à cette question et à cette prière. Nous aurons la chance de recevoir quatre séminaristes de sixième année, proche du diaconat.

Leur présence et leur témoignage seront bienvenus pour renouveler notre prière de demande et implorer auprès du Seigneur les vocations dont l’Eglise a besoin. »

Trouvez-vous que les catholiques ont pris conscience de la raréfaction des vocations religieuses ?

« Oui je le pense; les catholiques savent bien par exemple qu’en beaucoup d’endroits, au moment d’un décès, il est moins évident de trouver un prêtre pour célébrer des funérailles…

Mais le Seigneur ne nous a pas dit « prenez conscience qu’il faut des ouvriers pour la moisson », mais « priez le maître de la moisson pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson ».

Les vocations sont d’abord un don de Dieu, un cadeau du Seigneur fait à son Eglise, pour que tous se rappellent que nous sommes faits pour le Ciel, que l’amour du Seigneur peut combler notre cœur, et que le Seigneur veut nous faire le don de sa présence dans les Sacrements. »

Il faut de sacrées « épaules » pour répondre à un appel vocationnel dans un monde qui fait abstraction du sacré ?

« Il est vrai en effet que le monde nous pousse souvent à vivre « comme si Dieu n’existait pas »… Nous vivons dans une société où l’hyper-consommation est devenue un style de vie qui marque les personnes, les jeunes particulièrement. Cela engendre instantanéité, difficulté à s’engager, recherche de plaisirs et d’expériences parfois superficielles, peur de l’avenir, qui étouffent la vie spirituelle et le discernement…

Mais c’est souvent dans les difficultés, les insatisfactions et les ténèbres que la Lumière attire le plus ; Saint Jean Paul II disait aux JMJ de Rome, en l’an 2000, devant deux millions de jeunes :

« En réalité, c’est Jésus que vous cherchez quand vous rêvez de bonheur; c’est lui qui vous attend quand rien de ce que vous trouvez ne vous satisfait; c’est lui, la beauté qui vous attire tellement; c’est lui qui vous provoque par la soif de radicalité qui vous empêche de vous habituer aux compromis; c’est lui qui vous pousse à faire tomber les masques qui faussent la vie; c’est lui qui lit dans vos cœurs les décisions les plus profondes que d’autres voudraient étouffer. C’est Jésus qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, la volonté de suivre un idéal, le refus de vous laisser envahir par la médiocrité, le courage de vous engager avec humilité et persévérance pour vous rendre meilleurs, pour améliorer la société, en la rendant plus humaine et plus fraternelle. »

Qui pourrait rester insensible à la profondeur de ces paroles ? A nous, chrétiens, prêtres, diacres, pères et mères de famille, éducateurs, d’éveiller ces désirs présents en tout homme dans la vie des jeunes que nous rencontrons et dont nous avons la responsabilité. »

Quand on évoque la « crise » des vocations, on dit souvent que Dieu appelle autant qu’auparavant, mais que les cœurs, parfois, se ferment à ces appels. Comment expliquer ce phénomène ?

« Oui, c’est une remarque que l’on entend souvent. C’est mystérieux, l’appel de Dieu… Le Seigneur appelle sans doute autant, mais aujourd’hui, notre réponse et notre capacité à nous engager sont sans doute plus fragiles.

D’abord, restons humble: il n’y a aucune recette magique face à la crise des vocations. La vocation est avant tout un cœur à cœur: l’appel de Dieu à lui consacrer notre vie, et la réponse libre de l’homme à cet appel.

Plusieurs choses peuvent en tout cas favoriser l’accueil de cet appel: l’éducation et l’amour reçu, une humanité ouverte et disponible, le sens du service et du don de soi, une vie intérieure profonde, le désir d’annoncer l’Evangile, la rencontre de témoins grâce auxquels le jeune pourra se projeter dans la vie, l’accompagnement par des personnes de confiance, respectueuses de la liberté. Si de nombreux jeunes ne reçoivent plus ces moyens aujourd’hui, il n’est pas étonnant qu’ils aient du mal à s’engager, et pas seulement dans la vie consacrée…

Voilà pourquoi nous avons besoin d’éducateurs chrétiens authentiques ! »

On entend parfois : « Plus on aura de familles pratiquantes, plus on aura de vocations religieuses »… C’est un peu l’allégorie de l’œuf et de la poule, non ?

« Aujourd’hui, les vocations viennent très souvent de familles pratiquantes, c’est un fait. Cela nous montre qu’elles constituent un terreau favorable pour permettre au jeune d’entendre l’appel du Seigneur et d’y répondre, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus.

Il nous faut donc encourager tout particulièrement ces familles et les accompagner ! Notre prière ce dimanche pour les vocations est donc en réalité une invitation faite aux familles à ne pas étouffer la charité dans leurs relations : cette charité portera du fruit, même lorsqu’elle semble aller à contre-courant des opinions dominantes.

Mais gardons aussi à l’esprit que le Seigneur appelle qui Il veut et quand Il veut! Il est donc nécessaire de sortir pour crier ces paroles : « Veux-tu être heureux ? Viens à la suite du Christ ! ». La réponse se fera dans le secret des cœurs. »