« Au Congo, les manifestants sont prêts à mourir pour une cause juste »

Le père Jean-Christophe Tshimpaka fait partie des sept prêtres congolais du diocèse de Dijon. Il porte une grande attention aux événements récents survenus en République démocratique du Congo (RDC). Pour rappel, le président actuel, Joseph Kabila, refuse de quitter le pouvoir et d’organiser de nouvelles élections, contrairement aux engagements pris en décembre 2016, suite à une médiation des évêques de la Conférence épiscopale du Congo. Des manifestations pacifiques ont été organisées le 31 décembre 2017, le dimanche 21 janvier 2018 et dimanche dernier, le 25 février. Elles ont été durement réprimées par la police. D’où l’appel du Pape François à une journée de prières et de jeûne le vendredi 23 février, « pour la paix dans le monde, spécialement pour la République Démocratique du Congo et pour le Soudan du Sud ».

L’appel récent du Pape à prier pour la paix en RDC n’est-il pas un signe fort pour votre pays ?

« Désormais, les gens ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas au courant. Tout le monde sait ce qui se passe en RDC maintenant. La communauté internationale est restée muette très longtemps, se contentant de déplorer les événements. On a l’impression qu’ils n’ont pas voulu froisser Joseph Kabila, on sait qu’il y a des intérêts économiques importants entre la RDC et certains pays européens. Nous, les Congolais, on a l’impression qu’il y a un double discours : officiellement, certains dirigeants demandent le départ de Kabila, mais officieusement, son maintien au pouvoir arrange bien des personnes. »

Échangez-vous régulièrement sur ce sujet avec les autres prêtres congolais du diocèse ?

« Oui, dès qu’on en a l’occasion. On est tenu au courant des événements par nos familles qui sont présentes sur place. Mes frères sont allés manifester et je sais que j’y serais allé aussi si j’avais été sur place. »

Quel regard portez-vous sur la situation en RDC ?

« Je ressens une grande colère face à cette injustice et la souffrance de notre population. J’ai l’impression que le Pape François s’est fait duper par Kabila quand il l’a rencontré (en septembre 2016 au Vatican, Ndlr). Il aurait dû comprendre la malice de ce dictateur. Depuis, il a pris ses distances avec Kabila. Pour ce qui est de la médiation des évêques congolais, une partie de la population s’estime trahie car en décembre 2016, ils voulaient descendre dans la rue pour faire la révolution et l’Eglise congolaise les en a dissuadés. Ils ont le sentiment d’avoir perdu du temps pour rien. »

Il y a eu des morts lors des précédentes manifestations… La population continue à se mobiliser malgré tout ?

« Les gens là-bas sont prêts à donner leur vie pour une cause juste. L’une des victimes, Rossy Mukendi, a dit avant de mourir qu’il fallait que le sol congolais soit coloré de notre sang pour le bien-être de nos enfants. Cela montre leur mobilisation. Ils veulent faire, en tout, sept manifestations. Cela veut dire qu’il y en aura encore quatre… Ce chiffre 7 est symbolique : il va falloir achever, accomplir ce qu’on a commencé. »

 

Propos recueillis par Nicolas Rouillard