Le prix de la vie

Le prix de la vie

Des événements de nature différente viennent nous montrer la fragilité de la
vie humaine et les différences de compréhension anthropologique majeures
à ce propos.

Fin février, l’Assemblée nationale a voté en seconde lecture en faveur de la proposition de loi sur la fi n de vie, c’est-à-dire en respectant le sens des mots, en faveur du suicide assisté et de l’euthanasie. Si les députés se sont prononcés à l’unanimité en faveur du développement et de la généralisation des soins palliatifs, le résultat sur la proposition en faveur de la mort provoquée a montré une assez grande division des élus, avec un score nett ement plus resserré qu’en première lecture. Le processus législatif va se poursuivre au Sénat maintenant et la réflexion éthique sur un sujet aussi grave et lourd de conséquences doit s’amplifier. Il est frappant de voir que les amendements visant à mieux encadrer ce « droit à mourir », dans les conditions d’accès, dans la vérification des critères, dans la définition du délai de réflexion, dans la collégialité de la décision, dans la reconnaissance de l’objecti on de conscience au-delà des seuls médecins et pour les établissements eux-mêmes, dans l’équilibre entre un éventuel délit d’incitation et un éventuel délit d’entrave (les sanctions sont différentes), tous ont été rejetés par la majorité des députés.

Comme si tout cela relevait d’un pur droit individuel, que chacun est libre d’exercer en pleine connaissance de cause. On voit ainsi poindre une philosophie de la vie où, en développant à l’infini et sans admettre de vraies limites, l’autonomie de chacun, on gomme petit à petit toute conséquence sur les autres, les proches, les aidants, les soignants, sur les plus fragiles et sur ceux qui se sentiront poussés, plus ou moins clairement, à disparaître comme étant de trop et coûtant trop cher. Il est paradoxal de voir certains partis qui mettent en exergue la solidarité et la défense des petits et des pauvres en venir à défendre des positions ultra-libérales sans voir à quel point ils fragilisent le lien social ! Ce sont pourtant les pauvres qui paieront les pots cassés d’une telle loi.

Sur un tout autre plan, le retour massif de la guerre manifeste aussi le peu de cas fait à la vie humaine. Après quatre années d’une agression sanglante de la Russie contre l’Ukraine, les chiffres avancés de victimes donnent le vertige et marquent notre impuissance. Même chose devant les conséquences de la riposte israélienne sur Gaza après l’attaque terroriste du Hamas. Comme si tout était possible au nom des intérêts des uns ou des autres, le nombre de victimes n’étant qu’une statistique froide et macabre. Et ce n’est pas la situation en Iran, après la répression sanglante du gouvernement contre sa population et les incertitudes sur les conséquences des derniers événements risquant de mener à un embrasement régional, qui vont corriger cette perception du peu de prix de la vie humaine.

C’est là où la compréhension chrétienne de l’homme et de la vie humaine nous donne un autre regard et sans doute une ardente obligation à agir dans un autre sens. Si nous croyons que toute vie humaine est sacrée, si nous proclamons que chacun est aimé de Dieu, porteur d’une dignité infinie, si nous pensons que le Christ est venu pour sauver tous les hommes, alors nous ne pouvons pas nous taire et encore moins nous résigner. La vie est un don de Dieu et nous savons nous en émerveiller lorsqu’elle paraît. Mais il nous faut la protéger, la faire grandir, la respecter. Ce n’est pas seulement une considération morale, mais existentielle, qui touche le sens même de ce que nous sommes et de ce que nous voulons vivre. À l’approche de Pâques, la résurrection du Christ nous redit la victoire de la vie sur la mort, le mal et le péché de l’homme.

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10).

+ Mgr Antoine Hérouard

Édito paru dans le magazine Église en Côte d’Or au mois de Mars 2026

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