Edito décembre 2025 : Le Prince de la Paix
Avec le début du temps de l’Avent, en quelques semaines, nous serons à Noël. Déjà la fièvre commerciale bat son plein avec tous les excès de la société de consommation, les illuminations et les décors de Noël donnent un air de fête aux places et aux rues des villes et villages, les enfants rêvent de jouets et de cadeaux. On peut certes regretter un aspect bien mercantile et très artificiel de ce que certains voudraient appeler les « fêtes de fin d’année ». On ne sait plus alors très bien ce qu’il s’agit de fêter, la fin de l’année civile n’étant guère un but en soi !
Mais pour les chrétiens, il y a une autre attente, une autre espérance, plus sobre, plus en retenue, dans la discrétion du cœur, dans la ferveur de la prière, comme la lumière discrète de la flamme du cierge qui brille dans la pénombre d’une église alors que l’astre du jour se fait rare en entrant dans l’hiver.
Dans l’attente de Noël, il y a l’espérance du Sauveur, de Celui que Dieu nous envoie pour nous manifester sa proximité, pour nous dire qu’Il n’est pas le spectateur indifférent des drames de notre histoire et des malheurs individuels, mais qu’au contraire, Dieu s’engage dans l’histoire des hommes, assume notre condition humaine en toute chose sauf le péché, porte les espoirs, les projets, mais aussi les craintes et les souffrances qui habitent le cœur de l’homme.
Notre attente du Sauveur n’est pas celle d’un magicien qui viendrait tout résoudre d’un coup de baguette, Dieu a trop de respect pour ses créatures qu’Il a voulues libres et responsables. Mais elle nous dit qu’il n’y a pas de fatalité aux malheurs de l’histoire et que nous ne sommes pas seuls, abandonnés, ballotés par les événements. Le Messie attendu par Israël et annoncé par les prophètes, le Christ de Dieu vient dans l’humilité et la simplicité. Il ne se manifeste pas dans les coups d’éclat et n’impose pas sa présence, mais nait loin du domicile familial, comme un déplacé sans logis, dans l’indifférence de la foule qui s’agite. Seuls les bergers, marginaux plus ou moins méprisés en seront avertis et sauront le reconnaître…
Dans les titres donnés à Celui qui doit venir, Isaïe cite celui de « Prince de la Paix ». C’est lui que nous attendons peut-être plus particulièrement en ces temps où la guerre et les conflits semblent se multiplier ou s’éterniser, sans solution juste et viable, en Ukraine, au Proche-Orient, au Soudan, en Birmanie et dans tant d’autres lieux. C’est le Prince de la Paix dont notre pays qui semble fatigué et vieilli, sans projet ni boussole, a besoin pour que les responsables politiques, les acteurs économiques apprennent, réapprennent à se parler, à dialoguer, à construire un avenir commun. C’est le Prince de la Paix dont notre continent européen, fragile et inquiet, a besoin pour exprimer et faire partager les valeurs auxquelles il est attaché dans le concert des nations. C’est le Prince de la Paix dont tant de familles séparées, divisées, fragilisées, ont besoin pour vivre un avenir plus confiant…
Oui, viens, Seigneur Jésus, Prince de la Paix, nous t’attendons, nous t’espérons !
Mgr Antoine Hérouard
Édito paru dans ECO N° 830 – Décembre 2025