Fraternité : Cinquante ans de dialogue et d’amitié

À l’occasion du 60ᵉ anniversaire de Nostra Aetate, la déclaration du concile Vatican II qui a ouvert une nouvelle ère dans les relations entre l’Église et les autres religions, le pape Léon XIV a récemment rappelé la force toujours actuelle du dialogue et de la fraternité.

Dans cet esprit, nous republions un article paru en mai dernier dans le magazine Église en Côte-d’Or, consacré au dialogue et à l’amitié islamo-chrétienne vécus localement.

Une rencontre enracinée dans l’écoute et la confiance, fidèle à l’élan de Nostra Aetate. 

Dernier voyage du groupe à Chalon-sur-Saône © EG

Il y a cinquante ans, Marguerite Clavert, professeure de philosophie au lycée du Castel à Dijon, s’engageait dans une démarche de dialogue avec des musulmans de Dijon. C’était dans la foulée de la création, en 1973, par l’épiscopat français, d’un Secrétariat pour les relations avec l’islam. Son responsable, le père Lelong, vint animer une journée à La Bussière, le 4 mai 1975. M. Ulrich, le père de l’évêque actuel de Paris, constitua alors une liste des personnes qui souhaitaient poursuivre. Dix chrétiens et cinq musulmans s’inscrirent. Le groupe, nommé alors « groupe islamo-chrétien », était né et recevait les encouragements de Mgr Decourtray. La naissance de ce groupe fut concomitante avec l’accueil, dans la paroisse Saint-Pierre, de musulmans dépourvus de lieux de prière et auxquels le curé d’alors, le père Helmbacher, accorda un local pour prier.

Il serait trop long de raconter en détail l’histoire de ce groupe. Citons-en cependant quelques étapes. Le 23 janvier 1977, le père Leneuf, curé de Sainte-Bernadette, accueille le groupe dans la crypte de l’église. Le Bien Public publie le lendemain un article en pleine page titré : « Chrétiens et musulmans côte à côte à Sainte-Bernadette, un « Notre Père en commun ». Les réunions se succèdent ensuite au domicile de Mlle Clavert. Des musulmans de toutes nationalités y participent (Tunisiens, Comoriens, Afghans, Marocains, et de bien d’autres nationalités au fil des ans).

À partir de 1988, les chrétiens du groupe prennent l’initiative de partager une journée de jeûne pendant le ramadan, pour signifier une forme de solidarité spirituelle. En 1989, l’habitude se prend d’une réunion pour « tirer les rois » au moment de l’Épiphanie. En 1991, une autre coutume s’établit, celle d’un voyage annuel alternativement dans un lieu chrétien et dans un lieu musulman aux alentours du 8 mai. Le groupe se rendra ainsi, entre autres, à la mosquée de Paris, à Taizé, à Genève, à Ronchamp… Ces trois moments, Épiphanie, Ramadan, voyage du 8 mai, sont encore aujourd’hui, les trois piliers du groupe.

En 1990, le groupe, qui n’est pas constitué en association 1901, se dote d’une charte et prend le nom de « Groupe de dialogue et d’amitié entre chrétiens et musulmans », avec le souci permanent d’une animation bicéphale.

Tout au long de ce parcours, des prêtres ont accompagné le groupe : les pères Patriat, Aumeunier, Paul Lamarche, Michel de Gigord… sans oublier frère Frédéric de Cîteaux.

Les thèmes abordés depuis 50 ans ont été fort nombreux et divers : Abraham, le pardon, les fins dernières, la laïcité, la fraternité, l’hospitalité, la prière… Chaque fois, les participants prennent conscience qu’au-delà des clichés et des formulations différentes, une commune soif spirituelle est présente chez les uns et les autres.

Étienne Gille

Article paru dans ECO N° 825 – Mai 2025

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