« La sainteté de la porte d’à côté »

Dans notre monde sous haute tension où la violence semble prendre le pas sur la capacité à s’entendre, où la loi du plus fort semble devenir la règle de fonctionnement au détriment du droit international, de la négociation entre les peuples et leurs dirigeants,

Dans notre pays qui semble surchauffé dans une crise financière économique, sociale et politique, où l’égoïsme des uns, le déclassement des autres, l’incapacité à dialoguer et à trouver les compromis nécessaires induit le découragement et l’anxiété,

Dans une Europe qui se trouve prise entre des puissances antagoniques et peine à se définir elle-même et à tracer un avenir qui affirme son indépendance et marque une solidarité réelle entre ses membres,

Bref, dans ce climat où le chaos semble l’emporter trop souvent sur la raison et la sagesse qui vient de Dieu, comment garder un cap d’espérance concrète, comment avancer sur un chemin de bonheur qui ne se satisfait pas de promesses chimériques ou de jugements à l’emporte-pièce ? Comment ouvrir ses mains, son cœur, son intelligence, à l’autre, aux autres, au Tout Autre ?

Le trésor de la Foi Chrétienne est entre nos mains comme un vase fragile. Jour après jour, l’Ecriture nous rappelle la fidélité de Dieu à son peuple et à son Alliance. Il ne nous abandonne pas, Il nous tend la main, Il nous invite à le suivre. « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle »Jn 3, 16. En Jésus, Dieu nous donne tout en son Fils mort et Ressuscité. Le cœur de la Foi n’est pas d’abord et uniquement des vérités à croire et à mettre en œuvre. Il est dans cet élan, cette confiance que Dieu nous donne jour après jour, dans les joies comme dans les épreuves.

Alors les signes sont là qui transforment le monde, dans les attentions du quotidien, dans l’engagement de la générosité et du partage, dans la charité concrète qui ne fait pas de bruit, dans le pardon donné et reçu, dans la confiance manifestée, dans la paix de l’âme, dans ce que le Pape François appelait « la sainteté de la porte d’à côté ».

Sachons regarder les signes que Dieu nous donne, avec les enfants qui découvrent l’amour de Jésus, avec les jeunes, nombreux, qui viennent frapper à la porte de l’Eglise en demandant le baptême ou la confirmation, dans les familles qui veulent vivre un amour véritable, avec les bénévoles qui se mettent au service des autres, ceux qui font vivre nos paroisses, nos aumôneries et nos mouvements, avec  les prêtres et les consacrés qui œuvrent au quotidien dans la fidélité, avec les anciens qui assurent la puissance de la prière et le témoignage parfois silencieux de leur Foi.

Le 13 décembre prochain à Notre Dame de Paris seront béatifiés 50 jeunes martyrs, morts en haine de la Foi, victimes du nazisme, en ayant voulu accompagner spirituellement les jeunes français contraints au STO. Certains étaient jeunes prêtres, d’autres séminaristes, beaucoup s’étaient engagés au nom du scoutisme ou de la JOC. Parmi eux un jeune originaire du diocèse de Dijon, Philippe-Maurice Bouchard, tragiquement exécuté en avril 1945. Autant d’exemples de vies données par amour du Christ, pour le bien des hommes. L’appel à la sainteté est pour chacun, dans les circonstances héroïques comme dans la simplicité du quotidien.

+ Mgr Antoine Hérouard

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