Fête de mères : Quelle relation entre Jésus et sa mère ?
À quelques jours de la fête des Mères, nous avons souhaité en savoir plus sur les relations du Christ avec sa mère, Marie.
Le Père Jean Lamblot, ancien curé du Sacré-Coeur à Dijon et ancien directeur de théologie au CUCDB s’est prêté au jeu des questions, réponses.
Peut-on parler de Marie maman ?
Nous pouvons en parler, mais le Nouveau Testament n’en parle pas. Pour comprendre les relations entre Jésus et sa mère, il faut diviser l’histoire en trois périodes.
La première que l’on peut appeler « Marie maman », dans la mesure où le jeune enfant disait très certainement « maman » à sa mère ; c’est très universel comme usage. L’amour d’une mère pour son enfant a été vécu par Marie, mais on n’en sait pas plus.
Après une période qui doit correspondre à l’entrée à l’école de la synagogue, Jésus désigne Marie par « mère ».
Oui, c’est une hypothèse assez vraisemblable parce que Jésus prend de l’indépendance, et Marie a bien perçu que l’Enfant Jésus gagnait en maturité et aussi en distance avec elle. Non pas moins d’amour ou de tendresse, mais des expressions plus pudiques. Mais nous ne savons rien sur cette période, longue, qui va au-delà de la fugue à Jérusalem.
Pour la troisième période, en revanche, nous avons plus d’informations dans l’Évangile de Saint Jean.
Effectivement, nous avons des signes discrets qui laissent entendre des choses. On peut aussi s’appuyer sur une évidence historique incontournable. Ce n’est pas parce que l’Évangile n’en dit rien, que cela ne s’est pas passé. L’événement en question, qui pour Marie a été une catastrophe, importante, c’est le départ de Joseph, vraisemblablement décédé, la laissant dans une situation difficile, parce qu’elle est entrée dans cette catégorie tout à fait défavorisée de l’Antiquité, en Israël et ailleurs, celle des veuves. Marie est devenue une femme seule, qui devait se débrouiller matériellement, et qui, selon toute vraisemblance, a aussi perdu son logement. Les femmes de cette époque, lorsqu’elles se trouvaient plongées dans cette situation, avaient trois possibilités : l’une, que j’écarte, était celle du lévirat. Le plus vraisemblable est que les femmes veuves rejoignent leur famille, leurs parents s’ils étaient en vie, un frère, un cousin. La troisième solution, probablement celle que Marie a adoptée, était d’aller chez ses enfants. Marie avait cette chance d’avoir un fils, et mieux encore un fils célibataire. Jésus a pris sa mère chez lui et Marie est devenue la femme de la maison de Jésus. Elle a vécu un certain temps à Nazareth, puis avec le début du ministère de Jésus, elle a suivi son fils à Capharnaüm, avec toujours cette même relation maternelle faite d’amour réciproque.
Rappelons un épisode célèbre lorsque Jésus dit à Marie « Femme, que me veux-tu ? » « Mon heure n’est pas encore venue«
Oui, cet épisode tout au début du ministère de Jésus, lors des Noces de Cana, dans lequel Jésus manifeste une confiance extraordinaire en son fils ; et son fils la désigne par cette expression de « femme ».
Et ceci jusqu’à la fin, parce que sur la Croix, Jésus dit « Femme, voici ton fils » et il dit au disciple « voici ta mère« , et à partir de ce moment le disciple la prit chez lui.
Cette expression de « femme » pour désigner Marie encadre toute la période du ministère de Jésus, du début à la fin. C’est à mon sens un signe que nous fait l’Évangéliste Saint Jean, pour exprimer ce qu’était la situation de Marie à l’époque. Elle s’occupait de la maison de Jésus, et en même temps, elle suivait son fils tout au long de son ministère dans les déplacements en Galilée et en Judée.
Marie a donc bien été une maman ?
Même si le terme n’existe pas dans le Nouveau Testament, oui Marie a bien été une maman.
Propos recueillis par Jacques Perrier, diffusés sur RCF en Bourgogne, émission L’invité du jour.