L’Église au printemps ou un printemps pour l’Église ?

Édito mai 2025

Mgr Antoine Hérouard

Les différents événements qui ont marqué l’Église catholique en ce printemps 2025 n’ont pas fini de nous interroger.

Nous avons vu d’abord la fréquentation dans nos églises de nombreux jeunes, la plupart inconnus et souvent non-baptisés pendant tout le temps du carême, depuis le mercredi des Cendres jusqu’à la Semaine Sainte. On nous a parlé de l’influence des réseaux sociaux. Peut-être, mais au-delà du phénomène déclencheur, il y a des raisons plus profondes qui tournent autour des raisons de vivre, de recherches spirituelles authentiques, du besoin exprimé de trouver des points d’appui plus solides que la société médiatique ou les appâts de la consommation, dans un monde où les dangers et les incertitudes s’accumulent. Devant les questions fondamentales de l’existence (D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Que pouvons-nous espérer ? Qu’est-ce que mener une vie bonne et juste ?), beaucoup de jeunes cherchent des réponses qui ne soient pas toutes faites. Contrairement peut-être à la génération de leurs parents, ils n’ont pas d’a priori vis-à-vis de l’Église et comme la plupart n’ont pas eu de formation religieuse, leur lecture de l’Écriture ou leur découverte du Christ est marquée d’une fraîcheur revigorante.

Ce phénomène s’est accentué chez les baptisés de Pâques, adultes ou jeunes. Il ne s’agit pas seulement de statistiques (après tout la forte augmentation des baptisés adultes ou lycéens, constatée d’année en année ne compense pas la diminution des baptêmes de petits enfants), mais plutôt de la qualité des démarches entreprises et du sérieux qu’elles manifestent. Bien sûr chaque itinéraire est différent, chaque histoire est unique, mais nous voyons bien des constantes dans la recherche individuelle (internet, lecture de l’Évangile, entrée dans une église), dans les événements qui touchent et bousculent en profondeur une vie, événements heureux (rencontre amoureuse, mariage, naissance) ou douloureux (maladie grave, deuils imprévus) et surtout rencontre et témoignage de chrétiens. Les jeunes générations chrétiennes peuvent parler plus simplement de leur foi, de la place qu’elle tient dans leur vie, de la paix et de la joie qu’elle procure. La joie des célébrations pascales a manifesté cette présence avec et autour de ceux qui sont maintenant néophytes. Là encore, les assemblées ont été nombreuses et l’espérance était au rendez-vous.

Et voilà que le lundi de l’octave de Pâques, la nouvelle du décès du pape François nous a surpris et saisis. Bien sûr, nous le savions gravement malade, mais cette issue n’était pas attendue au lendemain de Pâques. Mourir le lundi de Pâques est un symbole très fort et qui, en tout cas, nous situe au cœur même du mystère de la foi. Bien sûr, sa dernière bénédiction Urbi et Orbi le jour de Pâques avait montré à la fois sa faiblesse physique évidente et la force de son message pascal, en faveur de la paix et de la justice dans le monde. En parlant de cette justice nécessaire entre les hommes, il nous a annoncé l’Évangile. La deuxième image de cette même journée de Pâques a été sa déambulation au milieu de la foule rassemblée place Saint-Pierre, comme une façon de saluer son peuple une dernière fois. Le pape François a toujours manifesté cette proximité avec les gens, quelqu’un qui aimait les autres. Dans cette proximité avec les croyants ou les incroyants, il a été un serviteur de « La joie de l’Évangile ». Au moment où il nous quitte, le pape François nous redit que nous ne pouvons pas être fidèle au Christ si nous ne vivons pas de l’amour qui est manifesté, si nous n’avons pas cette attention aux plus pauvres et aux plus petits, si nous sommes indifférents à ce qui survient autour de nous. La célébration paisible et presque joyeuse de ses obsèques, devant une foule immense et un parterre des responsables politiques de ce monde, a incarné cette espérance forte qu’il nous laisse, en cette année du Jubilé. Que notre prière pour l’Église soit à la fois Action de grâce et invocation de l’Esprit-Saint ! Alleluia !

 

Mgr Antoine Hérouard

Édito publié dans ECO N° 825 – mai 2025

Partager