Le peuple des croyants
Ayant eu le bonheur de passer 24 h à Rome pour assurer une catéchèse durant le jubilé des diacres, j’ai pu observer les différents groupes qui, le long de la via della Conciliazione se rendent, derrière la croix, vers la basilique Saint-Pierre pour franchir la porte Sainte et accomplir les différentes étapes proposées pour l’année jubilaire.
Souvent des tous petits groupes, une paroisse avec leur curé, une famille et des amis, des gens simples et modestes pour la plupart, tous concentrés et recueillis derrière la croix du Christ durant cette petite marche vers la grandiose basilique. Il y avait là une grande sérénité, et aussi une certaine gravité, quand les uns et les autres portaient dans leur prière le pape François et sa santé si préoccupante. Ainsi m’est apparue une belle image de ce qui est proposé aux chrétiens du monde entier durant cette année jubilaire : non pas des démarches extraordinaires ou tapageuses, mais cette expression simple et modeste de la confiance en Dieu auprès duquel on peut déposer sa vie, joies et peines mêlées, préoccupations du quotidien, souci des siens et surtout espérance à fortifier et/ou parfois à ranimer.
Dans ce petit peuple qui avançait doucement, lentement mais aussi résolument vers le tombeau de l’apôtre Pierre, comment ne pas voir une belle image de l’Église ? Non pas un peuple triomphant, sûr de lui et voulant manifester sa puissance, son nombre et sa force, mais cette foule des humbles, des petits qui viennent traduire l’espérance qui les habitent, leur confiance en Dieu, leur certitude du salut apporté par le Christ qui offre sa vie en mourant sur la croix, par amour pour les hommes.
Au moment où notre monde va si mal, où les guerres et les conflits s’ancrent dans la cruauté et l’injustice, où le malheur semble triompher et que le pouvoir des puissants s’affiche sans vergogne, au mépris de la vérité, de l’attention aux autres, du respect des plus faibles, de la justice élémentaire, comment la parole de l’Évangile ne viendrait-elle pas nous indiquer un autre chemin ? Non pas comme une rêveuse utopie ou la marque d’une faiblesse congénitale dans un monde d’apparence et de force brute. Non, « l’Espérance ne déçoit pas » (Rm 5,5), et « Il nous faut espérer contre toute espérance » (Rm 4,18). Comme la certitude que notre vie a un sens et que nous ne sommes pas seuls, abandonnés et qu’au bout du chemin, c’est la Vie et l’Amour qui triomphent à la suite du Christ, mort et ressuscité.
Alors que nous allons rentrer en carême et reparcourir ce chemin de l’esclavage vers la Terre promise, de libération de nous-mêmes pour nous remettre pleinement dans la main de Dieu, puissions-nous suivre davantage le chemin indiqué par le pape François dans la bulle d’indiction du Jubilé, en devenant « des signes tangibles d’espérance, pour de nombreux frères et sœurs qui vivent dans des conditions de détresse » (SNC n° 10). Et d’énumérer, les détenus en manque d’espoir, les malades isolés à l’hôpital ou à la maison, les jeunes à l’avenir incertain dont les rêves s’effondrent, les migrants en recherche d’une vie meilleure, les personnes âgées qui connaissent la solitude ou l’abandon, les pauvres marqués par l’exclusion ou l’indifférence, les victimes de la faim et les pays pauvres surendettés…
Si l’Espérance ne déçoit pas, c’est bien auprès des plus petits et des plus en difficulté que nous avons, chacun pour notre part et à notre mesure, à le manifester.
Mgr Antoine Hérouard
Edito paru dans ECO N° 823 – Mars 2025