« Espérer contre toute Espérance » (Rm 4,18)
L’ouverture de l’année jubilaire a été, début janvier, un moment de grande joie dans le diocèse avec la procession depuis le sanctuaire Notre-Dame de Bon-Espoir jusqu’à la cathédrale Saint-Bénigne. L’assistance nombreuse, mais plus encore, la joie et la ferveur qui ont marqué ce double moment de célébration, sont le signe de l’attente qui règne dans les cœurs de beaucoup, mais aussi de la difficulté à formuler et à vivre cette espérance dans la situation actuelle que vit le monde, notre pays et l’Église… L’Espérance ne va pas de soi et ne peut se confondre avec un optimisme facile, une illusion réconfortante ou un vague espoir de lendemains qui chantent. Elle n’est pas dans des solutions toutes faites ou des slogans. C’est bien au cœur même des difficultés que chacun rencontre tant dans sa vie personnelle que dans les tensions de notre société, au cœur des oppositions économiques, sociales, politiques, internationales qu’il s’agit de vivre l’Espérance chrétienne.
Les motifs d’inquiétude sont légion devant l’incertitude du lendemain, la difficulté à transmettre valeurs et perspectives au sein même des familles. Il est patent que l’autorité, sous toutes ses formes, se trouve en difficulté. La société civile est blessée par la confusion des repères (quelle recherche du bien, du vrai ?), par l’exacerbation des droits individuels revendiqués sans limite et sans vraie prise en compte de la nécessaire solidarité entre les citoyens, en particulier vis-à-vis des plus faibles et des plus fragiles, par la montée de la violence dans l’expression et la difficulté -parfois l’impossibilité- de rentrer en dialogue, de s’écouter, d’échanger des arguments, de se dire que je ne suis pas le propriétaire de la vérité. Le spectacle de la vie politique en est parfois la caricature (le chemin des compromis, de la recherche d’un bien commun est long, difficile et si fragile !) et l’usage des réseaux sociaux semble limiter toute capacité de réserve, de respect, de réflexion attentive au profit d’affirmations définitives, et si souvent violentes, dans la négation de la pensée de l’autre.
Quant à la vie internationale, le patient édifice, avec ses lourdeurs et ses défauts, construit pas à pas au sortir de la seconde guerre mondiale (« Plus jamais la guerre » s’exclamait le pape Paul VI à la tribune de l’ONU en 1965 !), semble céder le pas devant la loi du plus fort, l’affirmation des conflits armés, des revendications territoriales, de la puissance brute. La construction européenne comme désir de paix, partage de valeurs communes, construction d’un destin commun entre des nations si longtemps belligérantes (« Unis dans la diversité ») est fragilisée par tant d’égoïsmes nationaux et de pesanteurs bureaucratiques.
« Espérer contre toute espérance » nous dit saint Paul. Le pape François nous rappelle que la mission de l’Église (des chrétiens, de chacun de nous !) est de témoigner de cette espérance, toujours, partout, à tous. Dans le cœur de chaque homme, chaque femme, dans le sanctuaire que constitue la conscience humaine, il y a un désir, une attente du bien (cf. Concile Vatican II Gaudium et Spes n° 16) qu’il s’agit d’éveiller et de guider. Notre Espérance n’est pas fondée sur les seules réalités humaines (dont nous voyons trop bien les faiblesses), mais sur la certitude du Salut apporté par le Christ. Lui qui est venu partager en toute chose sauf le péché notre condition humaine, Lui qui offre sa vie par amour pour les hommes et nous sauve par sa mort et sa résurrection, Lui qui nous a promis le don de l’Esprit, qui éclaire, guide, console et affermit les cœurs. Non, « l’Espérance ne déçoit pas » ! (Rm 5,5)
Mgr Antoine Hérouard
Edito paru dans ECO N° 822 – Février 2025