Accueillir Dieu qui se fait Homme
La fête de Noël toute proche nous permettra, une fois encore, au-delà des excès de la société de consommation qui ne sait plus ce dont il est question : avec les retrouvailles familiales et la joie des enfants devant la crèche et les décorations de Noël il s’agira pour les chrétiens de célébrer la naissance de Jésus, le Fils de Dieu, Christ Sauveur des hommes.
En introduisant le jubilé ordinaire de l’année 2025 qu’il ouvrira solennellement à Saint-Pierre de Rome, le 24 décembre(1), le pape François nous invite à faire de l’Espérance chrétienne le fil conducteur de cette année (« L’espérance ne déçoit pas », selon l’expression de Paul aux Romains Rm 5,5). Il souligne à quel point notre monde est en manque d’espérance devant les drames multiples qui surviennent (guerres, divisions, inégalités entre les peuples, rejet des plus pauvres…) et les interrogations que chacun peut porter sur l’avenir (Que transmettre à nos enfants ? Inquiétudes climatiques et écologiques, perte du sens de la vie et de l’enthousiasme à transmettre, illusions de la toute-puissance de la technique, etc.).
Mais il souligne aussi un anniversaire très important pour les chrétiens au cours de l’année 2025, celui des 1 700 ans du premier grand concile Œcuménique, le concile de Nicée célébré en 325. C’était la réunion de tous les évêques convoqués par l’empereur Constantin dans cette ville, aujourd’hui en Turquie. Les évêques de France pour leur part ont publié, à l’issue de leur assemblée plénière à Lourdes, une lettre adressée aux responsables de l’Église catholique dans nos diocèses et à tout le peuple de Dieu, en reprenant ces deux événements de l’année jubilaire et de l’anniversaire du concile de Nicée. Ce n’est pas une simple coïncidence de dates, anecdotique, mais il y a un lien profond entre l’Espérance à laquelle invite le jubilé et le concile de Nicée(2).
Il s’agissait alors de préciser l’identité de Jésus dont certains chrétiens, sous l’influence d’Arius, niaient sa divinité, comme si le fait « que Dieu « prenne chair », se fasse homme, ne leur semblait pas digne de l’image qu’ils se faisaient de Dieu. Ils voulaient préserver l’absolue transcendance de Dieu. »(3) D’où la formule que nous récitons dans le Credo, sans peut-être toujours en mesurer la portée : « Il est Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père. » L’Incarnation du Christ, vrai Dieu et vrai homme, apporte quelque chose d’unique dans la compréhension et de Dieu et de l’Homme et l’on comprend alors pourquoi elle a été et est encore une pierre d’achoppement dans l’histoire religieuse. « Dieu fait homme en Jésus ne nous considère ni de haut, ni de loin, ni de manière impersonnelle. Sans cesser d’être Dieu, il ne craint pas de s’abaisser jusqu’à assumer notre humanité et à prendre sur lui notre faiblesse et nos péchés. »(4)
« Professer la foi de Nicée entraîne nécessairement une nouvelle façon de prier et de vivre (5) ». Il s’agit de redécouvrir profondément que « la joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus et que ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. »(6) Plutôt que de choisir la confrontation avec le monde, nous nous rappellerons que « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a envoyé son Fils pour le sauver » (Jn 3, 16).
(1) Bulle d’indiction du Jubilé ordinaire de l’année 2025, pape François. D’autres dates d’ouverture sont prévues dans les autres basiliques et dans les diocèses. À Dijon, nous ouvrirons l’année jubilaire par une messe solennelle à la cathédrale Saint-Bénigne, précédée d’une procession à 15 h 30 au départ du sanctuaire Notre-Dame de Dijon, le dimanche 5 janvier 2025, fête de l’Épiphanie.(2) Lettre des évêques de France, 10 novembre 2024 n° 9.
(3) idem.
(4) idem n°1 3
(5) idem n° 15
(6) Evangelii Gaudium , pape François 2013.
Mgr Antoine Hérouard
Édito paru dans ECO N° 820 – Décembre 2024