Homélie de la saint Bénigne (17/11/2024)

Cathédrale Saint-Bénigne, le 17 novembre 2024

Solennité de saint Bénigne,

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Homélie donnée par Monseigneur Antoine Hérouard, archevêque de Dijon

Dn 12, 1-3 – He 10, 11-14.18 – Mc 13, 24-32

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : dans ces derniers dimanches de l’année liturgique, les textes qui nous sont proposés nous invitent à méditer le retour du Christ, la fin des temps, l’achèvement de l’histoire.

Ce sont des thèmes qui ne nous sont pas toujours très familiers et qui peuvent parfois nous faire peur, les images employées – entendues dans la première lecture de Daniel ou dans l’Évangile – mettent en cause l’ensemble du cosmos, la création, avec cette idée simple finalement, c’est que Dieu est le maître de tout, le maître de l’Univers, le maître de la vie des hommes, celui vers qui toute chose converge.

En ce jour où nous fêtons saint Bénigne, le patron de notre diocèse, il est bon de se rappeler que ces premiers chrétiens qui ont engagé leur liberté, leur vie pour rester fidèles à leur foi avaient cette Espérance en l’au-delà chevillée au corps, au plus profond d’eux-mêmes et que si aujourd’hui l’homme moderne est toujours incertain sur l’au-delà – si on lit quelques enquêtes ou sondages d’opinions publiés – on voit que beaucoup de nos contemporains n’ont pas vraiment de croyances sur ce qui peut les attendre au-delà de leur mort, il est bon de nous redire que le Christ est mort et ressuscité, qu’il est monté auprès du Père et qu’il vit à jamais, qu’il est celui qui reviendra pour juger le monde.

Ce qui nous est donné à contempler, ce n’est pas la peur de la destruction, de la catastrophe qui pourrait survenir en notre monde, mais c’est bien le retour du Christ dans la Gloire, le fait que Jésus va rassembler tous ceux qui ont mis en lui leur confiance et qui accueillent la vie qui vient de Dieu.

Oui, il est question de l’obscurité du monde,

« En ces jours-là, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. »
Derrière ces images grandioses et un peu effrayantes, il nous est dit qu’il ne faut pas craindre les combats, les épreuves. Il ne faut pas nous laisser enfermer dans la peur mais au contraire accueillir et mettre en œuvre l’Espérance que le Christ nous donne.

Des épreuves, nous en avons tous dans notre existence, qu’elles soient personnelles ou collectives, des épreuves de santé, de deuil, des échecs que nous pouvons connaître, dans une vie professionnelle ou dans des projets personnels, des séparations, des incompréhensions. Il y a de moments où tout devient comme obscur et si nous regardons notre monde nous savons bien qu’il y a bien des causes d’obscurité, les guerres qui semblent se déployer un peu partout dans le monde, les conflits de tous ordres, les injustices et l’incertitude du lendemain.

Que va-t-il se passer ? que va devenir le monde ? comment est-ce qu’on peut transmettre aux nouvelles générations ce monde si fragile et déjà parfois si abîmé ? qu’est-ce qui est important pour ceux qui viendront après nous ?

Tous ces évènements qui sont parfois dramatiques nous touchent et nous font mal.

Que peut-il sortir de bon de la détresse ?

Oui, bien sûr le futur fait peur et quand on relit l’histoire humaine on voit que peu ou prou il en a toujours été ainsi, qu’il y a toujours cette inquiétude du lendemain, cette perception fausse disait saint Augustin que « hier c’était mieux ». Ce n’est pas ainsi que le chrétien doit regarder le monde et la question qui nous est posée derrière les détresses que nous pouvons rencontrer au cours de notre vie ou de celle des autres, c’est bien celle du sens de notre vie, de notre existence, où est-ce que nous allons ? quel est le sens ? quelle est la direction ? vers quoi ou vers qui allons-nous ?

Jésus ne nous fait pas la promesse d’un avenir radieux, facile où tout ira bien d’un seul coup comme par magie, il sait, et l’auteur de l’Évangile sait aussi en s’adressant aux premières communautés chrétiennes qu’il y a bien des obstacles, bien des difficultés, des jours sombres aussi, et pourtant, au cœur de l’épreuve il y a comme ce que l’on peut appeler « la douleur d’un nouvel enfantement » la naissance d’une Espérance et au fond ce qui est au cœur de notre foi de chrétien, c’est cette capacité d’Espérer au cœur même des difficultés que nous rencontrons. Parce que le Christ est mort sur la croix nous savons qu’il sauve le monde, que la vie renaît dans la résurrection. Il faut passer par cette épreuve, par cette obscurité qui est l’occasion et la condition de davantage de justice, de reconnaissance de ce qu’est le projet de Dieu, un projet d’amour pour l’humanité tout entière.

Alors ceux qui mettent leur confiance en Jésus vont pouvoir vivre une Espérance active pour rassembler les enfants de Dieu dispersés dans le monde entier.

Oui nous le croyons même si c’est mystérieux, même si nous ne savons pas comment le décrire, même si nous ne savons pas le moment, que Jésus reviendra dans la gloire, que Jésus ne nous abandonne pas, qu’il est avec nous et que nous sommes en ce temps de l’histoire, dans le temps de l’attente du retour du Christ. Il nous faut entrer dans la confiance du Père et vivre de l’Alliance avec le Christ.

Dans le livre de Daniel il était déjà dit :

« Ton peuple sera délivré, tous ceux qui se trouvent inscrits dans le Livre seront rassemblés, beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront et ceux qui ont l’intelligence, la connaissance, la compréhension du mystère de Dieu resplendiront comme la splendeur du firmament. » Ceux qui sont les maîtres de justice brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais. La Lumière jaillira au cœur de la mort, au cœur du mal,  alors on verra le fils de l’homme dit Jésus, venir sur les nuées, avec grande puissance et grande gloire, il rassemblera les élus des quatre coins du monde ».

Oui, le projet de Dieu c’est de rassembler l’humanité dans la gloire du Père.

« Sachez alors que le Fils de l’Homme est proche, à votre porte, le ciel et la terre passeront, les paroles ne passeront pas ».

Il ne s’agit pas de craindre une échéance terrifiante mais il s’agit d’accueillir l’Espérance que nous donne Jésus ressuscité, nous sommes faits pour la vie, la vie qui ne finit pas, la vie en abondance, la vie auprès de Dieu pour toujours.

Alors bien sûr, il est question de cette splendeur inédite, nouvelle, si l’on compare avec l’obscurité – l’obscurité est le lieu où tout se voile, rien ne fait sens, on ne sait pas où l’on est, on ne sait pas où l’on va, tout devient compliqué – c’est aussi dans ces moments là que peut se faire jour le moment de la décision, le moment de l’engagement, des choix, du retour vers l’essentiel qui nous fait vivre. L’obscurité est aussi le lieu du dévoilement parce que nous sommes faits pour la lumière, lorsque nous marchons à tâtons dans le noir et on peut tous en faire l’expérience, ce qui nous réjouit c’est lorsque le jour se lève, que la lumière vient nous rejoindre et éclairer nos pas. Il en est de même avec le Christ dans nos vies humaines, il nous faut porter cette Espérance à tous, Jésus est ressuscité, vivant à jamais, et c’est au cœur même de la nuit, des difficultés, de la mort parfois que se manifeste la victoire du ressuscité.

Au soir du Vendredi Saint, alors que Jésus est mort sur la croix, il ne reste que quelques femmes et saint Jean qui pleurent le maître, c’est l’effondrement de toute leur Espérance humaine, de tout ce en quoi ils avaient mis leur confiance et pourtant c’est dans le creux de cette nuit-là que l’Espérance va renaître et que Dieu va ressusciter son fils.

Alors il nous faut accueillir avec une force nouvelle l’Esprit que nous avons reçu au jour de notre baptême et de notre confirmation. L’Esprit est celui qui nous donne force, courage, sagesse, intelligence, compréhension. Il est l’Esprit de vérité, celui qui nous éclaire et qui nous guide, il est l’Esprit de sainteté car il nous invite dès maintenant à vivre avec Jésus, à vivre comme lui, à vivre de lui. Il est l’Esprit d’amour, parce qu’il rassemble l’Église pour pouvoir témoigner de la victoire du Christ sur les forces de la mort.

En cette fête de saint Bénigne, demandons au Seigneur qu’il nous donne cette Espérance active, qu’il nous donne la joie d’être chrétien, non pas une joie facile où l’on s’étourdit pour oublier les difficultés du moment mais la joie profonde d’être témoins du Christ.

Joie de la vie en chrétien, la joie de la vie à la suite de tous ces ancêtres glorieux qui nous ont précédés sur le chemin de la sainteté, la joie de se savoir aimés et de vouloir aimer malgré nos faiblesses, nos limites, notre péché, la joie de se savoir pardonnés et de vouloir pardonner.

Joie d’être témoins de Jésus dans un monde où nous savons bien qu’il ne l’attend pas toujours mais où en même temps, beaucoup – et nous en sommes témoins chaque jour – cherchent le sens de leur vie et finalement tous les catéchumènes qui frappent à la porte de l’Église – jeunes ou adultes – sont le signe de cette action de l’Esprit dans le cœur des hommes.

Joie de se laisser transformer nous-même par l’action de l’Esprit-Saint, rappelons-nous ce que disait le Livre de Daniel dans une vision prophétique :

« Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament » – non pas parce qu’ils sont plus intelligents que les autres – mais parce qu’ils vont chercher à mieux connaître le mystère du Christ.

« Ceux qui sont les acteurs de la justice brillent comme les étoiles, pour toujours et à jamais ».

Que le Seigneur nous donne, dans la vie de notre diocèse, dans les engagements pastoraux des uns et des autres, d’être de ces témoins-là de ceux qui travaillent à l’intelligence du mystère de Dieu, de ceux qui travaillent au chemin de la justice entre les hommes, de ceux qui témoignent de l’Espérance que le Christ ressuscité donne à chacun,

 

Amen

  † Antoine Hérouard, Archevêque de Dijon

Illustration : CP

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