16 novembre 2024 – Homélie pour l’accueil de la statue Notre-Dame de Paris
Samedi 16 novembre 2024
Messe à l’occasion de la venue de la Statue de Notre Dame de Paris.
Cathédrale Saint Bénigne de Dijon.
Homélie donnée par Monseigneur Antoine Hérouard, Archevêque de Dijon.
3 Jn 5-8 – Lc 18, 1-8
C’est une bien curieuse parabole que Jésus nous propose dans cette liturgie, car il met en scène un juge dont on nous dit qu’il ne craignait pas Dieu et qu’il ne respectait pas les hommes.
C’est un piètre juge, et la comparaison avec cette pauvre veuve qui vient lui demander de lui rendre justice :« Rends-moi justice contre mon adversaire » est d’autant plus saisissante.
Vous savez que l’exemple de la veuve est souvent mis en avant dans la Bible, aussi dans l’Évangile, parce que la veuve était celle qui était sans ressources, sans soutien, et qui se trouvait du fait de la perte de son mari dans une situation extrêmement grave. Donc c’est la plus pauvre et c’est celle qui demande justice et le juge qui se moque de tous refuse, il ne veut pas se mêler de cela et le reconnaît même lui-même.
« Même si je ne crains pas Dieu et je ne respecte personne », car il est au-dessus de tous, trouve que cette pauvre veuve l’importune trop : « elle commence à m’ennuyer et je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer ». Évidemment, sa motivation pour rendre la justice est minimale, mais au bout du compte, cette pauvre femme va voir son droit reconnu et en même temps, ce qui est tout à fait remarquable est de voir qu’elle ne s’est pas découragée. Elle a dû vite comprendre que le juge qu’elle avait en face d’elle ne lui ferait pas de cadeau, ne s’intéresserait pas à elle, ne chercherait pas à résoudre le problème, cela ne l’a pas empêchée de poursuivre – vous me direz qu’elle n’avait peut-être pas grand-chose à perdre, elle n’avait plus rien – mais c’est aussi au nom d’une certaine idée de la justice et à travers cela, c’était une manière pour elle de crier vers lui.
Alors oui, étrange parabole que Jésus nous rapporte ainsi et où il veut situer l’action de Dieu, d’une toute autre manière, un contre point parfait : regardez, même ce juge qui est si mauvais, si imbu de lui-même et peu intéressé par les gens va finir par rendre justice à la veuve. Combien plus Dieu ne ferait-il pas justice à ses élus – ceux qui mettent dans le Seigneur leur confiance, qui demandent au Seigneur de les aider, qui crient vers lui jour et nuit – les fait-il attendre ? Jésus dit, « bien vite, il leur fera justice ».
Dieu fait justice là où les hommes ne le font pas ou le font imparfaitement, nous savons bien qu’il n’y a pas d’automaticité. Le début du texte dit : « la nécessité pour les disciples de toujours prier sans se décourager ». Nous savons bien et nous avons l’expérience que parfois dans telle ou telle situation grave de notre vie, pour nos proches, pour nous-même, nous supplions le Seigneur, nous demandons que quelque chose se passe, et puis ce n’est pas exactement comme nous l’espérions, comme nous le voulons, alors qu’est-ce que ça veut dire ?
Cela veut dire sans doute que Dieu n’est pas un magicien, qu’il ne va pas résoudre tous les problèmes, tous les désirs même les plus légitimes qui peuvent habiter notre cœur, mais cela veut dire surtout que notre prière est une manière de nous associer à ce que Dieu veut pour nous, comment pouvons-nous accueillir, reconnaître, suivre sa propre volonté, la volonté de Dieu ce n’est pas que nous soyons dans la souffrance, dans le malheur, mais la volonté de Dieu est de toujours nous faire grandir dans la confiance et de savoir qu’au travers même des épreuves que nous pouvons traverser, et pour certains ces épreuves sont très lourdes, le Seigneur ne nous abandonne pas, il est avec nous, et qu’au-delà de ce que nous comprenons, que nous savons, eh bien le Seigneur nous comble.
Combien de fois, on voit que des personnes ont porté des intentions de prière tellement fortes, tellement importantes et qui ont le sentiment de ne pas être exaucés dans un premier temps vont pouvoir découvrir que malgré tout, justement, le Seigneur les a accompagnés dans l’épreuve et qu’à travers cela quelque chose de profond s’est établi entre eux et le Seigneur.
Alors en ce jour où nous accueillons la statue de Notre Dame de Paris, où nous voulons prier la Vierge Marie, nous savons que Marie est celle qui peut recevoir toutes les intentions, les joies, les peines, les souffrances, les projets, tout ce qui habite le cœur de l’homme, Marie n’est insensible à aucune prière vraie et elle va alors intercéder pour nous, elle va porter auprès de son fils ce que nous disons, ce que nous pensons, parfois maladroitement, qui a besoin d’être purifié, d’être éclairé, mais nous pouvons toujours tout confier à Marie.
Chaque fois que je vais à Lourdes, je suis émerveillé de cela, de voir tous les gens qui viennent avec leur poids de difficultés, pour ouvrir leur cœur à la Vierge Marie, lui demander d’intercéder pour eux.
Alors oui, cette visite de Notre Dame de Paris parmi nous est l’occasion de nous confier à la Vierge Marie, de confier nos vies, nos soucis, nos familles, ce qui compte pour nous, confier aussi notre monde si balloté, où la paix semble si lointaine et difficile à atteindre et confier à la Vierge Marie notre diocèse qui aussi connaît son lot d’épreuves, pour que nous grandissions toujours tous dans l’Espérance, dans la confiance, dans la certitude que Dieu nous accompagne.
Jésus termine la page de l’Évangile par cette question terrible : « cependant le fils de l’homme quand il viendra (ou reviendra), trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
La question nous est posée, non pas pour nous mettre en difficulté, mais comme justement une invitation à grandir dans cette foi dans cette confiance malgré les épreuves, malgré les tentations diverses qui peuvent nous assaillir.
N’ayons pas peur, confions-nous à la Vierge Marie pour qu’elle intercède pour nous, pour que nous soyons pleinement des filles et des fils du Seigneur,
Amen.
† Antoine Hérouard, Archevêque de Dijon
Illustration : DR