Homélie de Mgr Hérouard – 11 novembre 2024
Lundi 11 novembre 2024, église Notre-Dame de Dijon.
Tt 1, 1-9 , Lc 17, 1-6
Les textes que nous venons d’entendre sont ceux qui sont proposés par la liturgie de ce jour, peut-être nous semblent-ils un peu éloignés de l’occasion qui nous rassemble en ce 11 novembre, on peut aussi ajouter que dans le calendrier de l’Église catholique, le 11 novembre est la fête de saint Martin et saint Martin a aussi des choses à nous apprendre, à nous redire, à la fois parce que c’était un soldat d’origine hongroise qui a combattu donc dans les troupes romaines et puis qui s’est converti, qui a changé sa vie à la suite de la rencontre qu’il a faite avec le Christ, qui a exprimé sa charité, son attention, sa compassion à ceux qui étaient dans le besoin, tout le monde connaît l’épisode du manteau de saint Martin, et dans notre pays, il est aussi une personnalité religieuse essentielle parce qu’il a fondé une des premières abbayes, l’abbaye de Ligugé dans le Poitou, ensuite, il est devenu évêque de Tours, et enfin, il a été l’évangélisateur des campagnes, les campagnes de Touraine de Saintonge, du Poitou. Cet exemple de saint Martin nous est donné aussi pour nous dire que cette recherche de la paix, elle travaille le cœur des hommes, et qu’en toute occasion, en toutes circonstances, chacun peut essayer d’être là où il est, un facteur de paix, de réconciliation, de justice.
Alors c’est sous le patronage de saint-Martin que nous prions aujourd’hui.
Dans la première lecture, la lettre de Paul à Tite, Tite est un de ses disciples, on voit en qui il a placé sa confiance, et à qui il confie de faire grandir des communautés chrétiennes qu’il a fondées en différents endroits et ici, il dit qu’il a été laissé sur l’île de Crête et il donne des conseils, des prescriptions, pour établir ceux que l’on appelle les « anciens ».
L’Ancien doit être quelqu’un qui soit sans reproche,
époux d’une seule femme,
ayant des enfants qui soient croyants
et ne soient pas accusés d’inconduite ou indisciplinés.
Il faut en effet que le responsable de communauté
soit sans reproche,
puisqu’il est l’intendant de Dieu ;
il ne doit être ni arrogant, ni coléreux, ni buveur, ni brutal,
ni avide de profits malhonnêtes ;
mais il doit être accueillant, ami du bien,
raisonnable, juste, saint, maître de lui.
Ce qui nous est dit là, c’est l’importance de la fonction et de bien choisir celui qui va l’occuper. Il en est de même aujourd’hui, on sait bien aussi que pour les responsables d’Église, beaucoup de conditions devraient en tout cas être respectées et que c’est le signe aussi de ce que l’on veut témoigner, de ce que l’on veut apporter à ceux auxquels on veut s’adresser.
Et comme en écho dans l’Évangile, on a trois petits enseignements de Jésus sur des points différents, le premier concerne aussi les disciples et il met en garde contre l’occasion de scandale, les occasions de chutes, mais malheureux celui par qui cela arrive !
Il vaut mieux qu’on lui attache au cou une meule en pierre et qu’on le précipite à la mer. On voit bien que l’importance d’avoir des responsables des communautés qui soient irréprochables est toujours à mettre en œuvre et parfois difficile, et quand on voit aujourd’hui que quelquefois l’Église est mise en cause par le comportement de tel ou tel de ses représentants, on ne peut que faire écho à cette Parole de Jésus qui nous invite à la vérité de nous-même et à marcher dans la droiture.
Deuxième enseignement de Jésus, c’est sur le pardon, Jésus revient toujours sur cette question du pardon :
Si ton frère a commis un péché,
fais-lui de vifs reproches,
et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour, il commet un péché contre toi,
et que sept fois de suite, il revienne à toi
en disant : “Je me repens”,
tu lui pardonneras. » autrement dit, il n’y a pas de limite au pardon.
Nous savons bien que dans les conflits entre les nations, entre les peuples, le pardon est un long chemin qui ne se réalise pas du jour au lendemain, mais nous avons aussi l’exemple que ce chemin de pardon, de réconciliation est possible, et quand on regarde ce qu’ont été les relations entre la France et l’Allemagne avec trois guerres en soixante-dix ans, comment est-ce qu’on pouvait réfléchir, imaginer, une vraie réconciliation entre ces deux peuples, et pourtant c’est ce qui s’est produit. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas parfois de différends, mais nous avons d’autres moyens de les résoudre et d’essayer de marcher ensemble. Il y a là quelque chose qui est assez unique dans l’histoire des relations internationales et au fond ce n’est pas, je pense, tout à fait par hasard si au sortir de la seconde guerre mondiale, dans les efforts qui ont été faits pour essayer de construire l’Europe, ceux qui ont été les responsables des pays avaient au cœur même de leur engagement ce rapport avec la foi chrétienne, avec l’Évangile. Pensons aussi à l’appel même de Robert Schuman dont le procès en béatification est en cours et dont on espère qu’il pourra un jour aboutir, eh bien de se dire que ce qui était au plus profond de son engagement pour la réconciliation entre la France et l’Allemagne, c’était ce désir de savoir que nous faisons partie d’une même humanité, et que cette humanité doit travailler à la paix, à l’entente, à la réconciliation.
En ce jour où nous commémorons les morts de toutes les guerres, tous ceux qui sont morts pour notre pays et où nous prions pour la paix, la paix dans le monde – on peut citer l’Ukraine, mais aussi le Proche-Orient et d’autres conflits bien sûr de par le monde – nous savons aussi que même des choses qui nous paraissent aussi au-delà des capacités humaines, sont rendues possibles si les hommes de foi, de paix, de bonne volonté, sont prêts à y mettre leurs forces, leur intelligence, leur capacité à écouter l’autre et à comprendre qu’il n’y a pas de chemin de paix sans justice.
Ceci nous amène au troisième enseignement de Jésus dans le passage de l’Évangile, quand les apôtres demandent au Seigneur,
« Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit :
« Si vous aviez de la foi,
gros comme une graine de moutarde, La graine de moutarde étant réputée comme la plus petite de toutes les graines – alors, vous pourriez faire de grandes choses, pas seulement des miracles, se dire que l’arbre va se déraciner se planter dans la mer, cela n’a pas beaucoup d’intérêt en soi, mais c’est dire aussi qu’il ne faut jamais désespérer sur ce chemin de la concorde, de la construction d’une humanité plus juste, plus réconciliée plus attentive aux droits et aux devoirs des uns et des autres.
Alors qui que nous soyons et où que nous en soyons sur ce chemin de la foi, demandons au Seigneur ce matin d’être nous-même des artisans de paix, d’être de ceux qui à travers leur action, leur responsabilité, la manière dont nous les assumons, cherchons ce chemin qui est celui de la justice, de la réconciliation et de la paix.
† Antoine Hérouard, Archevêque de Dijon