Tous Saints !
ÉDITO de novembre
Monseigneur Antoine Hérouard, archevêque métropolitain de Dijon
Le mois de novembre s’ouvre par la fête de tous les Saints, la Toussaint, avant de commémorer, le lendemain, les fidèles défunts. Voilà qui nous ouvre aux réalités de l’au-delà, à l’Espérance chrétienne dont le pape François a voulu faire le thème de l’année jubilaire qui s’ouvrira à Rome à Noël prochain. Mais avouons que trop souvent, nous ne sommes pas spontanément tournés vers ces réalités de l’au-delà, la Résurrection des morts, la Vie éternelle, ce que la théologie nomme l’eschatologie.
Peut-être est-ce l’expression de notre propre peur de la mort, le souvenir douloureux de la séparation avec nos proches disparus ou aussi la difficulté à imaginer l’au-delà du passage de la mort. Et pourtant, cette réalité est au cœur même de notre foi chrétienne. Nous proclamons la mort et la Résurrection du Christ, comme Celui qui nous ouvre le chemin, premier né d’entre les morts. Saint Paul le disait déjà avec force :
Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés. (1 Co 15,12-14 ; 16-17).
En fêtant les Saints, nous les reconnaissons comme des modèles, dans la grande variété de leur vie, des circonstances dans lesquelles ils ont vécu, des témoignages qu’ils ont donnés. Mais ils sont aussi la source de notre espérance parce que nous savons qu’ils vivent auprès de Dieu et que la communion des saints est le signe concret de l’accomplissement du projet de Dieu pour l’humanité, projet auquel nous sommes tous appelés, quelles que soient notre condition et notre situation.
Mais souvent, nous avons une vision fausse ou faussée de ce que signifie leur sainteté : nous les voyons comme des hommes et des femmes parfaits, sans défaut, comme des héros de la vertu morale à la vie rectiligne ou des martyrs capables d’offrir si spontanément leur vie. Non que ce soient des réalités absentes de leur chemin de vie, mais nous oublions trop vite que cela est le fruit de leur propre itinéraire de conversion et de la rencontre si profonde et si fondamentale qu’ils ont pu faire à un moment donné de leur vie avec la personne de Jésus, le Christ.
Nous nous disons trop facilement que la sainteté n’est pas pour nous parce que nous ne sommes pas parfaits et que nous avons conscience de nos manques, de nos faiblesses et de notre péché. Une façon de laisser cet appel à la sainteté de côté… Alors qu’au contraire, il s’agit, dans toute vie humaine, aussi tortueuse fut-elle, d’entendre l’appel à nous laisser aimer profondément par le Christ, à nous laisser transformer par lui, à essayer de faire de notre vie une réponse à cet amour qui surpasse tout amour et nous élève au-dessus de nous-mêmes !
Oui, Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! (Jn 20,29)
Edito paru dans ECO N° 819 – Novembre 2024