A la lumière de Saint Bénigne: réouverture et découverte de la crypte
Après quatre ans de travaux, la crypte de la cathédrale Saint-Bénigne se révèle au public entre restitution, restauration et création contemporaine : une merveille à découvrir lors de visites guidées. Prévoyez 50 mns par visite, admirez, contemplez …
Sous maîtrise d’ouvrage de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) représentée par Laurent Barrenechea, conservateur régional des Monuments historiques de Bourgogne-Franche-Comté, conduit par Martin Bacot, architecte en chef des Monuments historiques, une quinzaine d’entreprises, dont une dizaine de Bourgogne-Franche-Comté, ont œuvré pour à la fois sauver des éléments très abîmés par des infiltrations d’eau répétées, mettre au jour une rotonde de l’an mil, et restituer une sacristie de style néo-gothique construite au XIXe siècle et dénéogothisée » au XXe.
Une enveloppe globale de 7, 9 millions d’euros La Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne-Franche-Comté a assuré pour l’État, propriétaire, la maîtrise d’ouvrage des travaux de la cathédrale. Ce chantier, entièrement financé par l’État, a bénéficié de 7,9 millions d’euros au total (dont 2,6 millions d’euros au titre du plan France relance) a été nécessaire pour relever ce magistral défi.
Histoire d’une rotonde fragile
La rotonde de la cathédrale est étonnante et unique à plus d’un titre. L’édifice à plan centré de trois étages s’inspire de la coupole du panthéon de Rome et abrite les reliques de saint Bénigne. Les pèlerins de l’an mil venaient s’y recueillir devant le tombeau du saint martyr.
Guillaume de Volpiano, prêtre et abbé de Saint-Bénigne (990), grand réformateur monastique, est le créateur de la rotonde, entre 1001 et 1018. Son choix architectural est audacieux : imaginez-vous un édifice de trois étages avec trois puits centraux laissant passer la lumière zénithale. Si à Rome, le sol de la coupole est en marbre et permet à l’eau de s’évacuer, il n’en est pas de même à Saint-Bénigne où il pleut à ciel ouvert dans le monument durant des années.
Insalubre et fragile, la rotonde est démolie après la Révolution française et les deux étages supérieurs servent à remblayer l’étage inférieur. Au XIXe siècle, Mgr Rivet, évêque du diocèse de Dijon de 1838 à 1884, souhaite construire une sacristie de style néo-gothique. En recherchant les fondations initiales, on s’aperçoit que celles-ci reposent sur la rotonde. Les bâtisseurs ont alors étayé et reconstruit la coupole « comme ils l’ont pu » car aucun élément ne permettait de remonter l’édifice à l’identique. On pense sauver le monument et on construit une sacristie par-dessus. Et très vite, de nouveaux problèmes d’infiltrations se posent. Et comme à chaque fois, on rebétonne pour colmater. L’eau continue de s’infiltrer… les années passent.
Après la 2e guerre mondiale, les canons architecturaux changent et on « dénéogothise » la sacristie en ambitionnant de la rendre plus « bourguignonne ». Le toit est débarrassé de ses ardoises, aussitôt remplacées par des tuiles. La suite…..des infiltrations répétées et des murs fortement abîmés.
En 2014, des travaux sont programmés, mais il faudra attendre cinq années supplémentaires avant que ne commence le chantier. Nous sommes en 2019, le père Didier Gonneaud est alors curé de Saint-Bénigne, et voit les travaux commencer. Il s’agit d’abord de décimenter toutes les couches bétonnées successives pour retrouver et respecter les pierres et les enduits initiaux. « On a nagé dans des nuages de poussière », se souvient-il.
Une lumière pour aujourd’hui
Sébastien Carcel, intendant de la cathédrale depuis 21 ans, rappelle la genèse du projet. « Appuyé sur l’étude préliminaire de l’architecte, Éric Pallot, Martin Bacot avait pour objectif la conservation des matériaux anciens et la mise en lumière des parties restaurées. » Son objectif était centré sur la sonorité et la lumière. Objectif magistralement atteint. L’architecte a rétabli la sacristie comme elle était lors de sa construction. Les vitraux ont été recréés, les décors sculptés restitués, les parties supérieures ont été redéposées et restaurées. L’endroit a retrouvé son lustre passé. La restauration de la crypte a permis d’étanchéiser les murs, et désormais la pluie n’abîmera plus le monument. L’homme de l’art a recouvert l’oculus d’une dalle de verre très épaisse permettant de retrouver la lux continua voulue par Guillaume de Volpiano.
« On quitte l’obscurité de la crypte pour aller vers la rotonde et son puits de lumière », admire le chanoine Yves Frot, actuel curé de Saint-Bénigne.
La crypte où l’on ne descendait que par un escalier est désormais accessible aux personnes à mobilité réduite grâce à un ascenseur. Cet apport essentiel aurait pu gêner le regard, mais il apporte au contraire la nécessaire touche de créativité de Martin Bacot ; apport contemporain que l’on retrouve aussi dans la crypte avec de très beaux luminaires. Passé l’accès à la crypte totalement nouveau, on plonge dans la beauté de la rotonde composée de 3 couronnes de colonnes, comme dans une forêt de piliers. Des traces de peintures gothiques font encore mémoire de la rotonde telle qu’elle fut conservée jusqu’au Moyen-Âge. Les anciennes tourelles d’escaliers sont maintenant parfaitement mises en valeur. Et ce ne sont que quelques-unes des prouesses réalisées.
Épilogue d’une longue aventure et début d’une autre…
La rotonde est aujourd’hui magnifiée et actualisée par le travail de Martin Bacot et de ses équipes. Peut-être d’ailleurs ne devrions-nous, ne plus parler de crypte, mais d’un monument s’élevant vers le ciel ? Tout en restant dans l’âme du lieu, l’architecte nous offre une relecture de cet endroit et de son sens.
Et ce 10 juillet 2024, et un grand jour, assurément.
Marie Raulin
Informations pratiques :
Visites guidées uniquement
🕐 horaires jusqu’à décembre 2025
Lundi au dimanche : 15h
À partir de janvier 2026 : prendre rendez-vous.
🟠 Tarifs :
Plein tarif : 5 €
Étudiants et groupe à partir de 10 : 3 €
Enfants, demandeurs d’emploi : gratuit
Contact :
Paroisse St-Bénigne
03 80 30 39 33
secretariat@cathedrale-dijon.fr




