Les fruits de l’été
L’été est normalement la saison des fruits et ils sont nombreux sur les étalages des marchés. Certains sont goûteux et gorgés de soleil, d’autres plus petits et plus secs à cause du climat…
Mais ce qui se révèle vrai des produits naturels peut, par extension et comparaison, s’appliquer aussi à bien d’autres réalités. Et notre fin d’année pastorale (ou scolaire, suivant les références de chacun) n’échappe pas à cette variété des situations et des appréciations.
Cela vaut d’abord directement sur la question climatique qui a fatigué les organismes et rendu difficiles bien des actes de la vie quotidienne, sans oublier les jeunes qui passaient des examens ou ceux dont le travail s’effectue en extérieur. Mais si l’on dit que la chaleur rend nerveux et exacerbe les tensions, nous voyons combien cela reste vrai dans notre monde et notre société. La guerre du Moyen-Orient n’en finit pas de finir, laisse de nombreux problèmes irrésolus, des destructions et des morts dans des proportions auxquelles l’opinion fi nit par s’habituer, comme si tout cela était normal ou, à tout le moins inévitable. Même chose pour le conflit ukrainien auquel nous nous sommes trop facilement accoutumés depuis plus de 4 ans !
Les conséquences économiques, politiques de la situation internationale, l’absence de marges de manoeuvre des gouvernants du fait de l’endettement abyssal de notre pays, accentuent morosité, frustration et inquiétude pour demain. Comment prétendre avoir une vision d’un bien commun ou l’expression d’une vraie solidarité entre les générations, vis-à-vis des plus pauvres et des plus petits quand l’urgence semble être de voter une loi qui, derrière l’expression rassurante de fin de vie, légalise, permet, (encourage ?) le suicide assisté et l’euthanasie ? Comment ne pas comprendre qu’au-delà de toute considération éthique ou religieuse, il y a là une fragilisation extrême du tissu social, une inquiétude pour les plus fragiles et ceux qui se sentiront « de trop » ou à qui l’on fera sentir qu’ils sont « de trop » ?
Et pourtant d’autres fruits de notre époque existent, qui ne font pas la une des journaux, mais traduisent l’attention aux autres, la charité concrète qui ne fait pas de bruit, les initiatives pour dépasser l’égoïsme du chacun pour soi, créer des liens, se réjouir de ceux qui s’engagent dans leur métier au service des autres, dans leurs engagements associatifs ou politiques (regardons le travail quotidien des maires jusque dans les plus petits villages), mais aussi dans la vie personnelle par le mariage ou l’accueil du don de la vie par la naissance d’un enfant.
L’Église, dans sa vie propre, connaît ses tensions (comment ne pas juger sévèrement la dérive de la Fraternité Saint-Pie X dans son rejet de l’autorité même du Pape ?) et l’unité et la communion restent toujours un défi à relever. Mais cette même Église voit aussi de nombreux jeunes frapper à sa porte, en recherche d’un sens à leur vie, d’une réponse à leurs questions spirituelles, de leur désir de connaître le Christ et d’essayer de marcher à sa suite. L’été, c’est aussi la période des changements pour un certain nombre de prêtres. Arrachement à la communauté que l’on laisse au soin d’un autre et découverte d’un nouveau peuple à aimer et à guider vers le Christ. Nous pouvons rendre grâce de leur disponibilité pour une nouvelle mission. Comme celle des séminaristes et des candidats diacres qui poursuivent leur discernement et leur préparation au ministère. Nous aurons la joie, à l’automne, de célébrer des ordinations diaconales (en vue du sacerdoce).
Que l’été donne à chacun le repos nécessaire et de goûter les fruits de l’Esprit : « Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » Ga 5, 22-23 !
+ Mgr Antoine Hérouard
Paru dans Église en Côte-d’Or – Été 2026