La Force de la Foi

Le temps pascal est un temps de joie. Joie de la Résurrection du Christ que nous fêtons abondamment de dimanche en dimanche et qui nous redit la victoire de la Vie sur la mort, le triomphe de l’amour sur la haine et la division, l’espérance qui s’ouvre pour les disciples de Jésus. Il est « le premier né d’entre les morts », Celui qui nous ouvre le chemin, non seulement comme une promesse pour l’au-delà mais comme ce dont nous pouvons vivre chaque jour de notre existence sur cette terre, en accueillant la Paix et la Joie qui en sont les fruits.

Les baptisés de Pâques, dans la diversité de leurs parcours parfois bien difficiles, dans la recherche d’un sens authentique à leur vie, dans l’exigence qu’ils portent à la vie de la communauté chrétienne, en sont le signe éclatant. La célébration de la confirmation pour les jeunes dans les doyennés et celle des adultes, toujours plus nombreux eux aussi, pour la fête de la Pentecôte sont le signe de cette joie de la Foi qui se manifeste et se partage.

Rien de magique en cela, Jésus ne promet pas à ses disciples d’être épargnés par les épreuves, les difficultés de la vie, l’incompréhension, le rejet et parfois la persécution. Mais il me semble que la Force de la Foi réside en toute situation et quelles que soient les circonstances, y compris les plus dramatiques, dans le fait de savoir que nous ne sommes pas seuls, abandonnés à notre triste sort et à nos tourments, qu’ils soient personnels, intérieurs, dans la difficulté des relations familiales, de travail ou qu’ils relèvent d’un environnement particulièrement difficile, devant les difficultés économiques, l’inquiétude du lendemain, la difficulté à se projeter vers un avenir désirable, les tensions de sociétés de plus en plus polarisées, la fragilisation de la démocratie et la perte du sens civique.

La montée des conflits entre les nations, la guerre qui fait rage que ce soit en Ukraine toujours menacée plus de 4 ans après le début de l’agression, en Terre Sainte où aucune solution ne se dessine dans le conflit entre Israël et les Palestiniens, dans l’abandon de la bande de Gaza détruite, dans la multiplication des exactions en Cisjordanie, et puis la guerre en Iran et dans le Golfe persique, le Liban pris dans la tourmente de la guerre et de ses destructions, sans oublier d’autres conflits moins visibles dans les médias (le Soudan, la Birmanie…) constituent une litanie
décourageante. Toutes ces situations dramatiques manifestent bien sûr la fragilité de la condition humaine et de l’équilibre sécuritaire mondial, mais montrent aussi que la Paix dépasse les efforts nécessaires des diplomates
et l’exercice de la responsabilité des politiques au-delà des postures plus ou moins cyniques. Pour nous chrétiens, la Paix est d’abord don de Dieu, don qu’il s’agit d’accueillir, de faire grandir, don qui nécessite la conversion de chacun au respect de la justice et du droit de l’autre.

Fin avril je suis allé à Chypre pour l’assemblée des évêques de la Comece, dans ce pays passerelle entre l’Europe dont elle fait partie et le Moyen-Orient tout proche brûlant de ses multiples conflits armés. Chypre est aussi le seul pays de l’Union Européenne à voir son territoire amputé, suite à une intervention étrangère, depuis plus de 50 ans, avec une ligne de démarcation qui empêche de nombreux chrétiens de vivre librement dans leur village d’origine et d’y exprimer leur Foi. Émotion de voir une église maronite bien entretenue dans un village quasi désert mais où le culte ne peut être célébré qu’exceptionnellement. Joie de la fête de saint Georges dans un autre village où les maronites se sont rassemblés parfois de très loin pour cette messe concélébrée par les évêques européens, sous le regard attentif de la police des forces d’occupation. Force de leur Foi dans l’adversité et joie de savoir qu’ils n’étaient pas seuls…

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie et la vie en abondance » Jn 10, 10

+ Mgr Antoine Hérouard

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