Joie de Pâques
La joie de Pâques, la joie de célébrer la Résurrection du Christ, vainqueur de la mort, du mal, du péché des hommes habite le cœur des croyants. Elle nous dit la victoire de la Vie sur la mort, la victoire de l’Amour sur la haine et la division, la grandeur et la beauté de notre destinée humaine, appelée à partager la vie avec Dieu, la communion avec le Christ, non seulement comme une promesse pour l’au-delà de notre propre mort, mais comme la réalité dont nous pouvons vivre chaque jour de notre existence. La victoire du Ressuscité casse les barrières entre les hommes, introduit une nouvelle fraternité, ouvre des chemins de paix et de réconciliation là où la division, le rejet de l’autre, l’affirmation de la loi du plus fort semblent l’emporter. Ceci est vrai dans nos relations interpersonnelles, dans nos familles, dans nos lieux de travail ou d’étude, dans les relations amicales, dans la vie sociale ou politique, dans nos communautés chrétiennes, dans la vie de l’Église tout entière, dans les relations entre les nations et les peuples de la terre.
Oui, cette perspective est magnifique, suivre le chemin du Ressuscité suscite enthousiasme et espérance et nous voyons bien que les baptisés de Pâques, chaque année plus nombreux, vivent cette expérience-là. Dans leur recherche de Dieu, dans leur rencontre du Christ, dans les témoignages qui les ont mis en chemin et les ont nourris, dans les événements heureux ou douloureux qui ont marqué leur itinéraire, c’est bien cette perspective d’une vie nouvelle, transformée, qui s’ouvre à eux. La certitude qu’au milieu des difficultés de l’existence et des épreuves de la vie, nous ne sommes pas seuls, abandonnés, ballottés, mais que nous pouvons nous appuyer sur un amour inconditionnel qui, toujours et quoi qu’il arrive, nous sera donné. La Résurrection du Christ ouvre l’espérance, redonne confiance, trace un chemin, permet une nouvelle fraternité.
Mais cette Joie et cette Paix qui viennent du Ressuscité au matin de Pâques ne sont-elles pas utopiques, comme une douce et impossible illusion au cœur de notre monde déchiré par les guerres qui se multiplient sans vergogne et sans règle (le droit international n’est-il pas en train de disparaître ?), dans notre société française polarisée où le dialogue semble de plus en plus difficile et où la violence semble devenir un moyen d’expression comme un autre, alors que les réseaux sociaux charrient des discours de haine et d’exclusion, dans une économie où les écarts de revenus et de patrimoine semblent sans limite, dans notre Église où les sensibilités diverses peinent à se parler et se comprendre ?
Sans doute faut-il nous rappeler, à la suite du pape Léon XIV, que si nous voulons un monde et une société meilleurs, cela passe d’abord par notre propre conversion au Ressuscité. « Dieu nous a créés pour la communion, non pour la guerre, pour la fraternité, non pour la destruction. » Il nous invite à désarmer « les cœurs de la haine, de la rancœur et de l’indifférence ». De la source du sens profond de nos vies, de cet amour inconditionnel de Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour nous donner la Vie, jaillissent la Paix et la Joie.
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Jn 15,11
+ Mgr Antoine Hérouard