Edito de Mgr Hérouard – février 2026

Une Terre Sainte

J’ai pu, au milieu du mois de janvier, participer à une rencontre d’évêques européens et nord-américains à Jérusalem, dans le cadre de la Holy Land Coordination. Une semaine passée à Jérusalem et dans les Territoires occupés de Cisjordanie, avec 13 évêques de 10 pays différents, accompagnés par les représentants de divers organismes de coopération et d’entraide (dont, pour la France, l’Œuvre d’Orient), pour exprimer notre solidarité et notre soutien aux communautés chrétiennes de Terre Sainte. J’y représentais la COMECE (évêques de l’Union européenne) et Justice et Paix Europe. Une expérience spirituelle forte par la prière quotidienne commune, la célébration de l’Eucharistie et la rencontre des différents acteurs. Une expérience aussi ecclésiale : chaque jour il était proposé, en fin de journée, un échange d’une heure entre évêques sur ce qui nous avait marqués, frappés, réjouis, heurtés dans les différentes rencontres de la journée et les lieux que nous avions visités.

Nous avons entendu les récits d’attaques perpétrées par des colons israéliens, d’actes de violence et d’intimidation incessants, de vols de bétail et de démolition de biens immobiliers contre les bédouins dans le désert. Nous avons célébré l’Eucharistie dominicale dans la seule ville entièrement chrétienne de Palestine. Là aussi, il a été question de souffrances, d’attaques de colons extrémistes, d’arrachage des oliviers, de confiscation des terres. L’universalité des droits humains semble inexorablement remplacée par un système où la dignité et la protection dépendent du statut civil de chacun.

Nous avons voulu réaffirmer le droit d’Israël à exister et celui des Israéliens à vivre en paix et en sécurité, mais nous demandons aussi que ces mêmes droits soient respectés pour tous ceux qui sont enracinés dans cette terre. Le témoignage du curé de Gaza, écouté longuement en visio, a montré l’ampleur du désastre humain dans l’enclave qui cherche simplement aujourd’hui à survivre.

Nous avons été profondément touchés par la Foi et la détermination des chrétiens locaux, ainsi que par les personnes d’autres confessions, qui œuvrent pour maintenir l’espoir de leurs communautés. Nous avons été témoins du courage de ces voix juives ou palestiniennes qui, malgré d’immenses défis et leurs propres traumatismes (comme ces parents juifs ou palestiniens rencontrés qui ont perdu un enfant dans le conflit), continuent de plaider en faveur de la justice, du dialogue et de la réconciliation.

Quand on les interroge, les habitants de la Terre Sainte implorent notre aide et nos prières. Ils nous invitent à favoriser le dialogue entre communautés, à reconnaître la dignité de chacun, à venir en Pèlerinage en signe de solidarité, chaque fois qu’il est possible de le faire. C’est l’appel que nous a adressé avec insistance le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem.

Vue de Bourgogne, la Terre Sainte peut nous sembler loin et le conflit si ancien et, à vue humaine, insoluble, mais c’est bien notre responsabilité de chrétiens de ne pas détourner la tête et de savoir, alors que nous allons rentrer dans le Carême, marquer notre communion dans la prière et notre solidarité concrète.

« Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle : Ah, si toi aussi tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! » Lc 21,41-42.

 

Mgr Antoine Hérouard

Edito à paraître dans ECO N° 832 – Février 2026

En option image en rapport ou illustratrice de ce qui est dit

Partager